La réunion est présidée par M. Willy Deridder, Directeur
exécutif des services de police au Secrétariat Général
d'Interpol, qui remercie les participants pour leur présence.
Le rôle d'Interpol est d'aider la police de tous les pays, et l'Organisation
travaille directement dans les 181
pays membres par l'intermédiaire de ses Bureaux Centraux Nationaux
(B.C.N.). La priorité, pour l'heure, est de remettre le B.C.N. de Bagdad
en état.
La présente réunion, qui rassemble des spécialistes en
objets d'art ainsi que des professionnels des musées et des services
chargés de l'application de la loi, doit servir de cadre de discussion
concernant l'action commune à mener pour résoudre le grave problème,
sur le plan criminel, du vol d'antiquités qui a eu lieu dans les musées,
dans les bibliothèques et sur les sites archéologiques iraquiens.
| Discours d'ouverture de M. Mounir Bouchenaki,
sous-directeur général pour la culture à l'UNESCO |
|
|
Le discours de M. Bouchenaki
est retranscrit dans son intégralité sur le site web d'Interpol.
Il rend compte des réunions qui ont eu lieu le 17 avril au siège
de l'UNESCO à Paris et le 29 avril au British Museum, et évoque
les intentions futures de l'UNESCO concernant la collaboration avec Interpol
et avec d'autres spécialistes des antiquités iraquiennes sur les
questions d'actualité. L'UNESCO a également demandé à
M. Kofi Anan, Secrétaire Général des Nations Unies, d'inscrire
à l'ordre du jour du Conseil de Sécurité un point visant
à soumettre à tous les Etats, en vue de sa ratification, une résolution
internationale empêchant l'importation des objets en provenance d'Iraq.
| Pillage des biens culturels en Iraq
: exposés des experts |
|
|
M. Yasser Tabbaa, professeur assistant, University of Michigan (Etats-Unis)
M. Tabbaa donne un bref aperçu des monuments islamiques que l'on
trouve en Iraq, en distinguant les catégories suivantes : début
de l'art islamique, époque médiévale à Bagdad
et Mossoul, sites chrétiens de l'ère médiévale
et lieux saints Chiites. Il souligne également l'importance des collections
du musée iraquien de Bagdad et du musée de Mossoul. En ce qui
concerne les principales bibliothèques et archives du pays, qui abritaient
également des uvres irremplaçables, l'orateur indique
que des dégâts et des destructions considérables semblent
avoir été commis. Selon diverses sources, en partie contradictoires,
certains manuscrits et autres collections pourraient néanmoins avoir
été mis en lieu sûr. L'important pour l'instant est d'évaluer
l'étendue exacte des dégâts et des pertes, puis de retrouver
et de rapatrier les antiquités pillées. Même si certaines
d'entre elles sont retrouvées, il faudra néanmoins des années
aux musées, aux bibliothèques et aux universités iraquiens
pour reconstituer leurs collections, et les Etats-Unis et l'Europe devraient
faire tout leur possible pour les aider dans cette tâche.
Mme Roberta Ricciardi Venco, professeur d'archéologie à l'université
de Turin (Italie)
Mme Venco fournit des explications sur la base de données "BRILA",
qui a été créée en Italie en 1991 suite à
la 1ère Guerre du Golfe et sur laquelle un article a été
publié dans le magazine d'archéologie "Sumer". Cette
base de données comprend une liste de 2 500 objets volés dans
les musées iraquiens, avec des photos et des descriptions. Compte tenu
de la nécessité de créer une base de données sur
les objets aujourd'hui disparus, ces informations et cette banque de données
sont mises à la disposition d'Interpol pour servir de base éventuelle
à des travaux ultérieurs.
M. John Russell, professeur d'histoire de l'art, Massachusetts College of
Art (Etats-Unis)
M. Russell décrit les grandes catégories d'objets d'art iraquiens
qui sont les plus prisées sur le marché illicite des antiquités,
afin de faciliter leur saisie et leur identification. Les dix principales
catégories sont les suivantes : objets comportant un numéro
d'inventaire ou une trace d'effacement de ce numéro ; objets avec écriture
cunéiforme (principalement en argile et en pierre, mais aussi en métal,
en ivoire et en terre cuite) ; sceaux cylindriques ; empreintes de sceaux
; objets en ivoire ; sculptures en pierre, métal et argile ; récipients
en terre cuite et en pierre ; objets en métal ; objets en verre ; pièces
de monnaie.
M. Robert Dale Biggs, professeur d'assyriologie, University of Chicago (Etats-Unis)
M. Biggs affirme que les collections étaient bien gérées
en Iraq jusqu'à ce que les sanctions imposées par la communauté
internationale en 1991 provoquent un désastre financier. Il montre
des photos de tablettes cunéiformes faites principalement en terre
crue - donc très fragiles - qui sont très appréciées
des trafiquants en raison de leur petite taille. Il insiste sur le fait que
des copies de tous les documents et toutes les photos prises par les expéditions
de divers pays sont toujours en la possession des équipes concernées,
même si celles qui avaient été envoyées au musée
iraquien de Bagdad sont désormais perdues. Ces copies pourraient être
utiles pour dresser des inventaires. Une question est néanmoins préoccupante
: celle des pillages qui ont lieu depuis 1991 sur les sites archéologiques,
car il n'existe pas de trace des objets d'art concernés.
M. Biggs et son équipe sont prêts à apporter leur aide
pour identifier tout objet cunéiforme qui serait retrouvé.
Mme Bonnie Magness-Gardiner, "Senior cultural property analyst",
Département d'Etat (Etats-Unis)
Mme Magness-Gardiner présente le travail de son ministère
et informe les participants que le Département d'Etat des Etats-Unis
a alloué une enveloppe de 2 millions de dollars US pour financer l'action
immédiate et à long terme de recherche et de restauration des
antiquités iraquiennes. Jusqu'à présent, les travaux
ont été menés avec l'aide de la "Liste rouge"
de l'ICOM, du centre de recherche américain à Bagdad, et de
la base de données du Département d'Etat où figurent
des exemples des objets d'art se trouvant au musée iraquien de Bagdad.
Le "Department of Cultural Property" applique la Convention de
1970 de l'UNESCO concernant les mesures à prendre pour interdire et
empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété
illicites des biens culturels, ayant adopté une législation
nationale à cette fin. La loi d'application de la convention sur les
biens culturels ("Convention on Cultural Property Implementation Act"),
adoptée aux Etats Unis en 1983, permet à ce pays d'imposer des
restrictions à l'importation pour les objets pillés lorsque
le patrimoine culturel d'un pays est en danger, ainsi que de saisir des biens
culturels volés portant un numéro d'inventaire et de les restituer
aux institutions publiques. En vertu du droit iraquien comme du droit international,
les objets et documents qui ont disparu des musées, archives, bibliothèques,
monuments et sites archéologiques iraquiens sont la propriété
de la nation iraquienne : ils sont donc, s'ils ont disparu d'Iraq, considérés
comme des biens volés. Des informations complémentaires sur
le patrimoine culturel iraquien et sur la base de données sont disponibles
à l'adresse http://exchanges.state.gov/culprop/
; la coordinatrice des actions interservices du gouvernement des Etats-Unis
concernant le patrimoine culturel iraquien est Mme Patricia Harrison, "Acting
Undersecretary for Public Affairs and Public Diplomacy".
M. Irving Finkel, conservateur adjoint, "Ancient Near East", British
Museum (Royaume-Uni)
M. Finkel évoque les récits de M. Donny George, directeur
général du département de recherche et d'études
à la commission nationale des antiquités et du patrimoine en
Iraq, qui a été le témoin oculaire de pillages, ainsi
que d'autres témoignages faisant état de dommages et de destructions
: il est clair que certaines infractions commises au musée iraquien
de Bagdad ont été organisées et que les objets ont été
choisis pour leur valeur : les moulages ont été laissés
sur place, alors que les lourdes pièces originales ont été
emportées, de toute évidence avec un moyen de transport planifié
d'avance. Il est regrettable que malgré les supplications de M. George,
les chars américains ne se soient pas interposés pour dissuader
les pilleurs. Il semblerait toutefois, selon de récentes informations,
que certains éléments, parmi lesquels des fichiers et des inventaires,
aient été placés en lieu sûr.
La radio nationale et certains imams iraquiens appellent aujourd'hui la
population à restituer ce qui a été pris, avec un certain
succès. Un système de récompense, ou tout au moins d'amnistie,
pour ceux qui ont volé des objets, est vivement conseillé. Le
Royaume-Uni prépare actuellement des mesures de ce type, et avait adopté
cette approche suite à la 1ère Guerre du Golfe. Il est cependant
essentiel de sécuriser immédiatement les frontières de
l'Iraq afin d'empêcher que davantage d'antiquités quittent le
pays. Les militaires, par exemple, seraient tentés d'emporter des souvenirs,
et il conviendrait donc de soumettre le personnel militaire quittant l'Iraq
à des contrôles douaniers minutieux et de grande ampleur.
Le British Museum serait prêt à servir de centre de dépôt
des objets d'art retrouvés.
Mme Margarete Van Ess, directeur scientifique, institut archéologique
allemand, Berlin (Allemagne)
Mme Van Ess observe qu'aucun chiffre précis ne peut être avancé
concernant les objets disparus des divers musées et sites car un grand
nombre d'entre eux n'étaient pas inventoriés. Il n'est pas facile
non plus de savoir combien d'objets et de documents sont intacts et conservés
en lieu sûr. Décrivant la façon dont les institutions
tiennent leurs registres et dont les fouilles sont organisées, l'oratrice
souligne les difficultés rencontrées pour harmoniser les différents
systèmes. Les données émanant des diverses expéditions
de fouilles pourraient néanmoins fournir des indications générales
sur ce qui a été volé.
Bien qu'il y ait eu ces dernières années - une période
difficile due à l'embargo sur l'Iraq - des tentatives pour préserver
les différentes collections, de nombreux objets ont disparu ou ont
été endommagés ou volés, notamment pour les raisons
suivantes : inondations au musée iraquien de Bagdad, procédés
de mise en réserve inadaptés ou vols sur des sites archéologiques
où se pratiquent des fouilles illicites, ou non surveillés.
Les pillages sont, dans certains cas, commis par la population locale qui
s'empare des objets et essaie de les revendre pour satisfaire à ses
besoins essentiels.
La première mesure efficace qui pourrait être prise pour stopper
le flux d'objets hors d'Iraq serait d'interdire la vente de toutes les pièces
provenant de Mésopotamie, comme cela a été suggéré
par l'UNESCO. Mais malheureusement, le grand public et bon nombre de hauts
responsables n'ont aucune idée de l'endroit où se situe la Mésopotamie
ni de l'aspect des objets d'art en question. Il est donc indispensable de
mener une campagne de sensibilisation.
M. Richard Halverson, "senior special agent", "Bureau of Customs
and Border Protection" (Etats-Unis)
M. Halverson présente dans les grandes lignes la structure du "Department
of Homeland Security" des Etats-Unis, dont le service des douanes se
compose du "Bureau of Immigration and Customs Enforcement" (ICE)
et du "Bureau of Customs and Border Protection" (CBP). L'opération
"Iraqi heritage", récemment mise sur pied, est un projet
en plusieurs phases auquel participent l'armée des Etats-Unis ainsi
que des services chargés de l'application de la loi américains
et étrangers. Ce projet abordera des questions d'intérêt
national et international et comportera un système de récompense
afin de faciliter les enquêtes et la récupération des
objets. La première phase consiste à identifier les objets volés
et à en dresser l'inventaire grâce à une action commune
internationale ; la deuxième phase comprend l'interdiction de la détention
et du commerce des objets volés et pillés ainsi que leur récupération
; enfin, la troisième phase consistera en une action conjointe destinée
à restituer les objets à la nation iraquienne. La douane des
Etats-Unis a, par le passé, joué un rôle important dans
le rapatriement d'antiquités à des pays étrangers.
A ce jour, quelques objets en provenance du Koweït et à destination
des Etats Unis ont été interceptés au Royaume-Uni, et
d'autres ont été saisis en Virginie et à Boston. La douane
des Etats-Unis travaille activement pour identifier et saisir d'autres objets
exportés illicitement. Un objet retrouvé très récemment
semble être le vase Warka, d'une valeur inestimable ; M. Halverson indique
toutefois, répondant à M. Finkel, qu'il n'existe à ce
sujet aucune information précise mais qu'il y reviendra lorsqu'il en
saura davantage. Le lendemain, l'orateur fait savoir qu'il ne peut pas apporter
de confirmation concernant l'objet en question du fait de la mauvaise qualité
des télécommunications avec Bagdad, mais ajoute que si le vase
a été retrouvé, il en informera Interpol et les personnes
participant à la réunion. (Suite à la réunion,
un message écrit a été envoyé par M. Halverson
pour indiquer qu'il ne s'agit pas du vase Warka.)
Mme Lynne Chaffinch, "Art Theft Programme Manager", FBI (Etats-Unis)
Mme Chaffinch déclare que la riposte du FBI au vol d'antiquités
consistera en une action à court et à long terme, et qu'il a
créé un groupe de travail interservices afin de mettre en commun
les ressources uniques dont dispose chacun de ces services. Il a déjà
commencé à constituer un réseau avec les musées,
les marchands d'art et les salles des ventes, et a pris contact avec Interpol
concernant une prochaine mission d'enquête au Koweït. Le service
du FBI spécialisé dans les vols d'objets d'art ("Art Theft
Department") est également prêt à collaborer avec
les autres organisations et entités présentes à la réunion
en vue de partager et de centraliser les informations. Le FBI gère
une base de données nationale sur les objets d'art volés depuis
1979.
Dans cette affaire, qui revêt une importance cruciale pour l'humanité,
le premier objectif à court terme est de protéger les objets
d'art qui se trouvent actuellement en Iraq afin d'empêcher de nouvelles
disparitions. Il est également capital de faire en sorte que ces objets
ne puissent pas quitter le pays, et de prendre des mesures à la fois
dans les pays de transit et de destination. Les aspects juridiques, qui sont
une question cruciale, doivent aussi être pris en compte : la législation
des Etats-Unis rend la récupération des objets difficile une
fois que ces derniers se trouvent dans le pays, à moins qu'il n'existe
une preuve documentaire qu'un vol a été commis.
M. Vernon Rapley, de New Scotland Yard à Londres (Royaume-Uni), indique
que dans le cas des antiquités originaires d'Afghanistan, la législation
avait également posé problème car il était difficile
d'obtenir de la part du pays d'origine la preuve qu'un vol avait été
commis lorsque la législation du pays était floue ou que l'on
ne connaissait pas les circonstances exactes du vol.
Mme Magness-Gardiner affirme qu'il existe une traduction en anglais de la
loi sur les antiquités iraquiennes, mais qu'il est difficile de déterminer
si elle peut encore être considérée comme applicable dans
un pays occupé.
Mme Chaffinch ajoute qu'il conviendrait également de déterminer
si la législation iraquienne a cessé de s'appliquer - et si
oui, quand - avec l'arrivée de la nouvelle administration. La collaboration
est essentielle pour progresser rapidement sur cette question, qui ne pourra
être résolue que dans de nombreuses années.
M. Bernard Darties, Chef par intérim de l'Office central de lutte
contre le trafic illicite des biens culturels (France), affirme que la rapidité
est en effet primordiale car il est facile pour l'instant d'importer des biens
volés du fait que les contre-mesures n'en sont qu'à l'état
d'ébauche.
M. Olivier Rouault, professeur d'archéologie, Université Lyon
2 (France)
M. Rouault insiste sur la nécessité de sensibiliser le public
à la nature spécifique de ce qui a été volé.
La question de l'éthique est également importante pour toutes
les parties concernées : lorsqu'un objet d'art leur est présenté
pour estimation, les experts doivent-ils immédiatement suspecter un
vol et le signaler aux autorités, ou partir du principe que le propriétaire
est honnête ?
En ce qui concerne les sites non surveillés et les pillages, l'orateur
insiste sur la nécessité de prévoir du personnel de surveillance.
Les universitaires font la guerre aux fouilles illicites, mais on a du mal
à trouver des ressources, localement ou à l'extérieur,
pour empêcher un tel trafic.
Le musée gallo-romain de Lyon projette d'organiser une grande exposition
sur l'art iraquien, et a donc reçu une documentation fournie de la
part du musée iraquien de Bagdad. Cette documentation est à
la disposition des services chargés de l'application de la loi et des
antiquaires, qui pourront l'utiliser comme référence.
M. Jacques Lasfargues, directeur, Musee Archéologique de Lyon (France)
M. Lasfargues explique que plusieurs missions ont été entreprises
par la France pour recueillir des informations dans la perspective de l'exposition
susmentionnée. On a ainsi obtenu un millier de photos, y compris celles
des vitrines, qui permettront d'effectuer une sélection des objets
à exposer. Ces photos ont été transmises à Interpol.
Il est indispensable, avant de lancer quelque action concertée que
ce soit au niveau international, de dresser un inventaire fiable de ce qui
a été effectivement volé, car de nombreux objets ont
peut-être été mis en lieu sûr. Ainsi, des journalistes
français ont signalé que les collections en ivoire avaient déjà
disparu des vitrines en janvier 2003. Reste toutefois à savoir si les
pièces mises en réserve ont été endommagées
ou non par la suite.
Comme l'a souligné précédemment M. Rouault, il sera
difficile pour les experts de partir du principe qu'ils doivent suspecter
toutes les personnes qui s'adressent à eux pour faire estimer des objets
d'art.
| Initiatives, au niveau international,
pour lutter contre le trafic illicite des biens culturels iraquiens : échange
de vues |
|
|
Bases de données
M. Julian Radcliffe, Président d'"Art Loss Register" à
Londres (Royaume Uni), indique que sa société possède
une base de données sur les oeuvres d'art volées. Il estime
que la constitution éventuelle, à l'avenir, d'une base de données
commune sur les antiquités iraquiennes volées sera un projet
à long terme car l'on ne sait pas avec exactitude ce qui a effectivement
été volé ni même ce qui manque. La question de
savoir s'il faut mettre cette base de données éventuelle à
la disposition du public est également discutable car si c'est le cas,
les voleurs pourront eux aussi l'utiliser pour voir si une pièce en
leur possession y figure. Dans la négative, ils pourront la revendre
en toute liberté. Par le passé, la société "Art
Loss Register" a prêté son concours à la police en
procédant conjointement avec les acteurs du marché de l'art
à des recherches, après quoi le marchand d'art concerné
contactait la police si l'objet était répertorié comme
volé. M. Darties (France) se dit également préoccupé
par l'ouverture au public des bases de données, tout en soulignant
qu'une collaboration entre toutes les parties sera nécessaire pour
créer une source d'informations fiable.
M. Deridder convient que la collaboration entre la police et les spécialistes
en objets d'art est nécessaire, mais ajoute que l'organisation des
travaux et la base de données qui en résulte nécessitent
une réflexion approfondie. Il estime qu'une base de données
sur les objets d'art volés devrait être ouverte au public, tout
au moins en partie. Interpol met déjà à la disposition
du public certaines parties de sa base de données sur les objets d'art
volés, laquelle sera développée et complétée
pour y inclure les objets d'art iraquiens. Ce sujet sera abordé plus
en détail dans le courant de la réunion. L'accès à
la base de données Interpol ne permet évidemment pas de se procurer
des informations de police (sur les suspects, par exemple).
M. Rapley n'est pas favorable à l'ouverture au public d'une base
de données, car il est quasiment impossible de créer un outil
qui soit totalement fiable, même à long terme. Les malfaiteurs
pourraient la consulter et prétendre, lorsqu'un objet n'y figure pas,
qu'ils en sont les détenteurs légitimes.
M. Richard Ellis, d'"Invaluable/Trace" (Londres, Royaume-Uni),
indique qu'il travaillait dans le service des objets d'art et des antiquités
à New Scotland Yard avant de rejoindre la société "Invaluable/Trace",
qui fournit aux marchands d'art, aux particuliers, aux musées et autres
institutions des informations objectives sur les antiquités, les objets
d'art et les pièces de collection de première catégorie
par l'intermédiaire de la base de données "TRACE",
qui est très complète (http://www.trace.co.uk).
Compte tenu de l'urgence de la situation, la contribution des spécialistes
en objets d'art est capitale car la police n'est ni qualifiée, ni équipée
pour identifier ou inventorier les objets d'art. Les objets provenant d'Iraq
ne manqueront pas d'apparaître sur le marché via de grandes places
commerciales comme celle de New York, aussi des informations sur les antiquités
- émanant de sources publiques et privées - semblent essentielles.
La base de données Trace enregistre chaque année des milliers
de demandes d'informations concernant les objets d'art, et Interpol n'est
sans doute pas en mesure de fournir des ressources ou des services spécialisés
pour y répondre. L'UNESCO pourrait peut-être assumer la gestion
d'une telle base de données. Dans tous les cas, les services chargés
de l'application de la loi et les acteurs du marché de l'art devront
trouver un mode d'action conjointe.
A plus long terme, l'idéal serait de mettre en place des dispositifs
permettant de réunir les marchands d'art, l'UNESCO, Interpol et les
musées, et ce non seulement pour l'Iraq mais aussi pour d'autres pays
dont le patrimoine national a subi des pertes, comme par exemple l'Afghanistan
et le Liban. Vu les circonstances, il est impossible pour l'instant de dresser
un inventaire fiable mais il est capital, dans l'intérêt de l'Iraq,
d'établir la liste la plus exacte possible et de faire en sorte qu'elle
soit largement accessible.
Mme Danielle Maïano, de l'Organisation mondiale des douanes (Bruxelles,
Belgique), est également favorable à la collaboration entre
la police, les autorités douanières, l'UNESCO, les musées
et les marchands d'art pour concevoir une base de données, car cette
tâche sera extrêmement complexe.
M. James Edward Ede, Directeur général de l'"International
Association of Dealers in Ancient Art" (Association internationale des
marchands d'art ancien), indique que les membres de son association ont reçu
l'instruction de ne pas acheter ni commercialiser d'objet provenant de Mésopotamie
s'il n'est pas accompagné d'un certificat d'origine.
En ce qui concerne la future base de données, il convient de décider
qui devra en assurer l'élaboration et la coordination, afin d'éviter
les doubles emplois. D'autre part, sa structure devra être souple, logique
et adaptée. Il serait, par exemple, difficile et laborieux pour les
services chargés de l'application de la loi de retrouver une seule
pièce parmi environ 40 000 sceaux cylindriques, d'autant que ces objets
sont généralement vendus pour quelque 50 dollars US seulement.
M. Ede estime en outre que l'urgente nécessité de restituer
les objets d'art volés à l'Iraq ne doit pas être un prétexte
pour ne pas appliquer les règles de recherche de la vérité
et qu'il est indispensable, lorsqu'un objet fera son apparition sur le marché
de l'art, de prouver qu'il y a eu vol plutôt que de supposer automatiquement
que toute pièce provenant de Mésopotamie a fait l'objet d'un
acte criminel.
Il est évidemment capital que les trésors iraquiens soient
restitués, ce qui signifie que la restitution ne doit pas être
rendue trop difficile pour ceux qui sont en possession de ces objets. Les
voleurs de faible envergure craignant des poursuites judiciaires pourront
être tentés de détruire les objets d'art s'ils pensent
que le fait de les remettre aux autorités leur vaudra une condamnation.
Il faut aussi être conscient que le fait d'arrêter les personnes
jouant le rôle d'intermédiaires dans le commerce de ces objets
d'art ne permettra pas toujours de retrouver les pièces volées
ou pillées.
M. Taoufik Bouachba, du Conseil des ministres de l'Intérieur arabes,
estime que l'idéal serait d'harmoniser les législations relatives
aux antiquités.
Il juge approprié qu'Interpol coordonne la base de données,
qui d'ailleurs sera utile à l'Iraq à l'avenir car elle constituera
la mémoire de son patrimoine.
M. Jean-Pierre Jouanny souligne qu'il n'existe aucune base de données
centralisée consacrée spécifiquement aux objets d'art
iraquiens. Quoique intéressante, la coordination entre différents
secteurs et bases de données n'est pas, dans le cas présent,
une solution idéale. Etant donné l'urgence de la situation,
l'existence d'une seule source pour identifier les objets semble beaucoup
plus utile.
M. Rodolfo Ronconi, Directeur de la coopération policière
internationale et Chef du B.C.N. de Rome, précise que l'Italie est
prête à contribuer à l'élaboration d'une vaste
base de données sur les objets d'art volés en Iraq. Les Carabiniers
italiens ont communiqué à Interpol des informations sur 700
pièces recensées comme ayant été volées.
M. Radcliffe explique que la règle pour les antiquaires est de consulter
les fichiers d'"Art Loss Register" pour les objets dépassant
une certaine valeur. Certains marchands ont tendance à croire que cette
vérification est suffisante pour éliminer tout doute concernant
la légitimité de la détention des objets, or les fichiers
sont incomplets et même la consultation d'autres sources ne suffit pas
pour conclure de façon certaine qu'un objet n'a pas été
volé.
Une fois qu'une base de donnés sur les antiquités iraquiennes
aura été conçue par les parties concernées, la
société "Art Loss Register" sera prête à l'ajouter
à ses propres ressources et à l'intégrer à sa
gamme de services accessibles gratuitement. Les marchands d'art qui l'utiliseront
pourront ainsi prouver qu'ils ont agi avec la diligence requise. Les recherches
dans la base de données devraient néanmoins être effectuées
par des spécialistes. M. Rapley (Royaume-Uni) n'est pas d'accord sur
le fait que ces recherches constituent une preuve que les acquéreurs
ont agi avec la diligence requise : certains malfaiteurs procéderont
aux vérifications tout en sachant très bien qu'un objet donné
n'est pas répertorié comme volé, puis revendiqueront
le droit de le vendre puisqu'il ne figure pas dans la liste.
M. Jean-Robert Gisler, archéologue à la Police fédérale
suisse (Berne, Suisse), estime qu'on ne peut pas attendre qu'une liste complète
soit établie pour mettre à disposition une base de données.
Mme Silvelie Karfeld, de la Police fédérale allemande, s'inquiète
du fait qu'une base de données ne pourra présenter qu'une infime
proportion des objets d'art disparus car pour nombre d'entre eux, en particulier
ceux provenant des sites archéologiques, il n'existe aucune trace documentaire.
M. Russell indique que l'Iraq n'est pas représenté à
la réunion et qu'il ne peut donc pas fournir de renseignements. La
participation d'experts iraquiens devra toutefois être prévue
lors de la création de la base de données.
M. Finkel précise que l'Iraq a fait savoir qu'il ne communiquera
aucune information sur les objets gardés en lieu sûr tant que
les forces de la coalition n'auront pas quitté le pays, ce qui ne facilite
guère l'élaboration des inventaires. Selon l'orateur, il convient
tout d'abord de dresser une liste des types d'objets manquants, avec des photos
à l'appui. Il faut savoir qu'un grand nombre des objets arrivant aujourd'hui
en Europe ou aux Etats-Unis en provenance du Moyen-Orient ont très
probablement été volés.
M. Kind estime que les marchands d'art ont besoin d'avoir accès aux
informations : la police ne peut pas les accuser de malhonnêteté
s'ils ne peuvent pas consulter les bases de données. Il paraît
plus opportun de créer une seule base de données pour les antiquités
iraquiennes que d'essayer de relier les bases existantes. Les essais de ce
type ont souvent été infructueux par le passé, comme
dans le cas du projet GRASP ("Global Retrieval Access and Information
System Project") dont le but était d'établir un lien entre
des bases de données européennes. Europol travaille également
sur un système similaire, mais peu de bases de données sont
compatibles entre elles.
Les propositions d'Interpol concernant l'élaboration d'une base de
données seront discutées plus amplement dans le courant de la
réunion : l'Organisation est tout à fait consciente de ses limites
en matière d'expertise et de son besoin d'être conseillée
sur les objets d'art à inclure dans la base.
M. Deridder confirme à Mme Van Ess que les informations existantes
seront utilisées dans la base de données mais que cela prendra
du temps. M. Ellis ajoute qu'il existe des problèmes de compatibilité
entre diverses bases de données, et qu'il conviendra d'indiquer clairement
quels objets ont été volés et lesquels ont seulement
disparu.
Législation
M. Rapley estime lui aussi qu'Interpol pourrait apporter son aide en fournissant
des informations sur la législation des différents pays, et
M. Ellis note que l'UNESCO travaille actuellement à l'élaboration
d'une base de données sur la législation relative aux biens
culturels meubles, mais qu'elle n'est pas encore terminée.
M. Bouchenaki fait savoir que les travaux en la matière se poursuivent.
L'UNESCO a également besoin d'un avis juridique pour savoir quelle
législation est en vigueur en Iraq à l'heure actuelle. L'orateur
observe que l'Iraq a ratifié les conventions de l'UNESCO de 1954 et
de 1970 sur les biens culturels, et qu'il possède un site classé
au Patrimoine culturel mondial - Hatra -, ce qui inspire des craintes quant
à l'éventualité de pillages. D'autres sites iraquiens
sont actuellement en cours d'examen à l'UNESCO en vue de déterminer
s'ils peuvent être inscrits au Patrimoine culturel mondial ou s'ils
doivent être considérés comme en péril.
Mme Sharon Flescher, "Executive Director", "International
Foundation for Art Research" (IFAR) (Etats-Unis), affirme que l'IFAR
a actualisé les informations dont elle dispose sur la législation,
mais que celles-ci ne sont pas complètes car les pays n'ont pas tous
répondu. Des traductions sont souvent requises.
M. Darties fait remarquer que la législation est une question éminemment
importante en ce qui concerne l'utilité d'une base de données.
A titre d'exemple, le délai légal pour engager des poursuites
dans les cas de biens culturels volés varie selon les pays, de même
que les définitions du vol, par opposition au recel et à la
dissimulation de biens volés. Il est également nécessaire
de déterminer, dans certains pays, si ces vols constituent des crimes
ou des délits. Il existe également différents types de
vols : il y a tout d'abord le cas des petits objets pris en "souvenir"
et que les voleurs cachent sans doute par peur de représailles. Il
y a aussi d'autres types de vols où les objets sont revendus à
une date ultérieure, lorsque l'attention retombe. Il semblerait aussi
que certains vols aient été soigneusement préparés,
peut-être pour le compte de particuliers qui avaient préalablement
passé commande et qui, dans ce cas, quitteraient le pays le plus rapidement
possible. Rien ne prouve cependant que des réseaux internationaux de
trafiquants agissent de cette façon.
Autres mesures prises ou envisagées
M. Bouachba est d'avis qu'il est indispensable d'échanger des informations
entre toutes les parties concernant les types d'objets qui ont pu être
volés ou qui se trouvent en transit. Il estime que l'UNESCO a l'influence
nécessaire pour traiter ces affaires, notamment en ce qui concerne
la communication, mais il encourage aussi tous les pays à coopérer
et à agir le plus rapidement possible. Une résolution des Nations
Unies interdisant l'importation d'objets provenant de Mésopotamie,
comme cela a été mentionné par M. Bouchenaki, constituerait
un grand pas en avant.
Le Conseil des Ministres de l'Intérieur arabes - qui a salué
et applaudi l'initiative de l'organisation de la présente réunion
- exprime sa volonté de coopérer pleinement aux efforts visant
à restituer les biens culturels à l'Iraq.
M. Mamdooh Al-Nasser, du service des enquêtes criminelles de la Police
jordanienne (B.C.N. d'Amman), déclare que la police jordanienne a imposé
des restrictions à l'importation d'antiquités suite à
l'invasion du Koweït par l'Iraq en 1991. A l'époque, de nombreuses
contrefaçons d'objets d'art avaient été découvertes.
La Jordanie tente aujourd'hui de prévoir ce qui sera contrefait suite
aux récents vols, et procédera à des contrôles
dans les boutiques d'antiquaires car ces dernières peuvent servir à
écouler des biens culturels volés ou des faux.
Tandis que M. Russell doute qu'un grand nombre d'objets d'art se trouvent
encore dans le pays et soupçonne que nombre d'entre eux ont été
exportés - en particulier ceux provenant de sites archéologiques
non surveillés -, et ce depuis la Guerre du Golfe de 1991, M. Ede souligne
que plus les semaines passent et plus le risque augmente qu'un nombre supplémentaire
d'objets disparaissent ou franchissent les frontières.
M. Al-Nasser précise qu'il est important de travailler avec les experts
iraquiens pour vérifier ce qui se trouve encore dans le pays.
M. Dirk Deklerck, qui fait partie de l'équipe d'enquêteurs
spécialisés dans les objets d'art à la Police fédérale
belge, pense qu'il faut s'attendre à l'avenir à un certain trafic
même si de nombreux objets d'art sont restés en Iraq. Il ajoute
qu'après la Guerre du Golfe de 1991, de nombreux citoyens iraquiens,
journalistes et organisations avaient pris des objets avant de quitter le
pays. Cette fois-ci, en revanche, un grand nombre des pilleurs se trouvent
encore en Iraq.
M. Walid Yasin Ismail, conseiller en archéologie au Département
des antiquités et du tourisme (Emirats arabes unis), affirme que la
coopération n'est pas très développée au Moyen-Orient
dans le domaine de l'archéologie. Les B.C.N. de la région devraient
essayer de faire appel à des archéologues locaux pour procéder
à l'estimation des objets découverts en transit.
L'orateur considère également que si de nombreux objets se
trouvent encore en Iraq, il devrait être possible de les retrouver,
mais que la population iraquienne devrait être encouragée à
restituer les objets et récompensée pour cela. Il est indispensable
d'éviter que la population ne vole des objets pour survivre (vu la
situation actuelle).
Certains collectionneurs arabes plus aisés seraient intéressés
par l'acquisition d'objets d'art iraquiens, mais la plupart d'entre eux sont
connus. Selon l'orateur, ces collectionneurs se montreront coopératifs
si l'UNESCO ou Interpol leur demande de restituer des biens culturels.
M. Ede a le sentiment que le nombre d'objets restés en Iraq est supérieur
à ce que l'on pensait initialement. Bien qu'il sache qu'Interpol ne
s'occupe pas des questions à caractère militaire, il pense néanmoins
que l'Organisation a suffisamment d'influence pour demander aux Etats-Unis
de bloquer les frontières iraquiennes afin d'empêcher de nouvelles
disparitions. L'orateur se demande si les Etats-Unis pourraient envisager
de créer un jeu de cartes pour les principaux objets d'art, semblable
à celui créé pour les membres de l'ancien régime.
M. Russell recommande vivement que les objets suspects soient saisis aux
frontières, y compris les objets moins courants qui figurent sur la
"Liste rouge" de l'ICOM ; M. Ellis ajoute qu'Interpol devrait demander
aux pays voisins de l'Iraq de contrôler si des objets quittent le pays,
les autorités et les responsables iraquiens n'étant peut-être
pas en mesure de le faire.
Mme Maïano affirme que l'Organisation mondiale des douanes a déjà
diffusé une alerte à toutes ses régions au mois de mars.
M. Kind indique que le Secrétariat Général d'Interpol
a déjà informé tous ses pays membres de la situation
relative au vol des biens culturels en Iraq, afin de mieux les sensibiliser
au problème et de les inciter à être vigilants. En revanche,
il n'a pas encore pu leur fournir de renseignements précis sur les
objets volés et ne souhaite pas intervenir dans les affaires traitées
par l'ICOM. Le Secrétariat Général accueillera le 7 mai
une réunion de l'ICOM concernant la "Liste rouge" et l'ajout
dans cette liste des antiquités iraquiennes. Interpol diffusera ensuite
dans les plus brefs délais une liste des principales catégories
d'objets en danger.
M. Finkel insiste sur le fait qu'il n'existe actuellement aucune "autorité
nationale" en Iraq, et se demande donc qui sera l'interlocuteur d'Interpol
dans ce pays puisque le mandat de l'Organisation ne lui permet pas de travailler
avec les forces militaires. M. Deridder (Secrétariat Général
d'Interpol) répond que c'est la raison pour laquelle il faut que le
bureau d'Interpol à Bagdad se remette à fonctionner dès
que possible.
Mme Karfeld est d'avis qu'Interpol ne doit pas attendre qu'un nouveau gouvernement
soit en place en Iraq pour agir, et appelle tous les participants à
confirmer leur volonté d'apporter une contribution en mettant à
disposition leurs ressources.
Conclusions
M. Bouchenaki se dit satisfait de l'échange d'informations jugé
utile qui a lieu concernant la situation et les mesures envisagées pour
l'avenir. L'UNESCO a déjà travaillé par le passé
dans des circonstances similaires, par exemple pour restituer les objets volés
au Koweït, au Cambodge et à l'Afghanistan. Son objectif à
long terme est de former la police et les experts locaux afin qu'ils soient
en mesure de traiter les questions liées au vol et au pillage d'objets
d'art.
Des discussions ont déjà eu lieu à Interpol concernant
la stratégie à adopter pour les antiquités iraquiennes,
et les services de police de différents pays, dont l'Italie, la Suisse
et le Japon, ont proposé d'apporter leur soutien.
La "Liste rouge" diffusée par le Conseil international des
musées (ou ICOM ; voir à l'adresse http://icom.museum/redlist/)
est un outil qui permet de sensibiliser le personnel des musées et le
grand public, et qui a parfois incité les détenteurs d'objets
d'art à les restituer après avoir découvert que ces objets
avaient été volés.
De nombreux pays et organismes pourront apporter une aide précieuse
en ce qui concerne les objets d'art volés et pillés en Iraq, et
l'orateur se félicite d'une telle volonté de collaborer. En premier
lieu, il convient de prendre des mesures immédiates, après quoi
il faudra continuer à travailler sur le plus long terme.
Il faut par ailleurs prévoir un endroit sûr pour y entreposer,
avant leur restitution, les objets qui auront été retrouvés.
M. Finkel confirme que le British Museum est prêt à accueillir
les antiquités iraquiennes retrouvées.
M. Chris Eaton (Secrétariat Général d'Interpol) résume
les questions concrètes qui ont été débattues jusque-là,
en commençant par le consensus sur la nécessité, au plan
technique, de créer une seule base de données. Plusieurs participants
ont préconisé dans un premier temps, l'enregistrement des objets
typiques, ce que le Département d'Etat des Etats-Unis a déjà
fait.
En ce qui concerne l'accès à la base de données, Interpol
estime qu'il serait possible de prévoir à la fois un accès
public et un accès plus restreint à des données précises
comme les informations de police : des précisions concernant le projet
seront données le lendemain.
Il apparaît clairement que pour que les antiquités soient restituées
à l'Iraq et que les malfaiteurs impliqués dans ces affaires soient
appréhendés, une coopération doit s'établir entre
les marchands d'art, les musées et les services chargés de l'application
de la loi. Interpol élabore une proposition concrète de coordination
d'un groupe réunissant tous ces secteurs. Le partenariat avec l'UNESCO
est un aspect essentiel compte tenu de l'expérience et des ressources
de l'Organisation en ce qui concerne le patrimoine culturel mondial.
M. Eaton insiste à nouveau sur le fait qu'Interpol essaie de remettre
en état son Bureau central national à Bagdad, et qu'une fois que
celui-ci fonctionnera, tout sera mis en oeuvre pour prendre contact avec les
experts en antiquités locaux et travailler avec eux. Cela permettra en
outre de clarifier les questions de législation.
M. Deridder souligne que l'objet de la présente réunion est
de déterminer les rôles respectifs d'Interpol et de l'UNESCO, ainsi
que d'examiner les synergies et la coopération pouvant provenir d'autres
secteurs. Il convient cependant de garder à l'esprit qu'Interpol n'est
pas habilité à mener des enquêtes sur le terrain et ne possède
pas une grande expertise dans le domaine des antiquités : son rôle
est de recueillir, de structurer et de diffuser les informations, y compris
celles relatives aux objets d'art volés.
En conclusion des discussions du jour, l'orateur note que la coopération
entre Interpol et l'UNESCO va se poursuivre sur cette question et qu'elle
sera renforcée, de même que les contacts avec les représentants
du secteur de l'art et des antiquités. Il est bien évidemment
nécessaire que les services chargés de l'application de la loi
centrent leur action sur les objets volés et les malfaiteurs ayant
commis ces vols, ce qui n'empêche pas Interpol d'accorder une grande
valeur aux informations apportées par les spécialistes au cours
de cette première journée de réunion. Les marchands d'art
ne seront pas présents lors de la deuxième journée qui
sera consacrée aux questions intéressant les services chargés
de l'application de la loi , mais ces représentants pourront prendre
connaissance des conclusions tirées et des mesures prises en lisant
les communiqués et consultant le site Web d'Interpol.
6 mai 2003
| Présentation des stratégies policières
opérationnelles |
|
|
M. Saoud AL Mahmood (Secrétariat Général d'Interpol)
présente la cellule spéciale d'Interpol qui a été
constituée pour faire face au vol d'objets d'art iraquiens, et dont il
est le président. Interpol a tenu à jouer un rôle actif
dès le début de la guerre de 2003, et a pris contact sans tarder
avec la police et les directeurs des bibliothèques et des musées
des pays voisins pour déclencher une réaction rapide, y compris
en ce qui concerne les contrôles aux frontières, dans le but d'empêcher
que les antiquités iraquiennes ne quittent le pays. Interpol a également
mis sur pied une mission d'enquête au Koweït et a travaillé
en étroite collaboration avec le FBI. Des réunions ont également
eu lieu avec des experts en antiquités iraquiennes dans les pays voisins,
et des contacts ont été pris avec des experts iraquiens, mais
ces derniers n'ont pu se rendre au Koweït pour assister aux débats.
La volonté de l'UNESCO d'apporter son aide et de collaborer à
une prochaine mission commune en Iraq est extrêmement bien accueillie,
et l'on espère qu'elle aura lieu très prochainement et avec la
participation de spécialistes locaux (experts en antiquités, professionnels
des musées et représentants des services chargés de l'application
de la loi). Nombreux sont ceux en Iraq qui auraient vivement souhaité
exprimer leur opinion sur la situation, mais ils n'ont pu assister à
la présente réunion pour des raisons administratives.
Les émissions télévisées seront bientôt rétablies
en Iraq, et l'on espère qu'elles pourront être utilisées
pour encourager la population à restituer les objets pillés ou
volés.
Comme l'ont indiqué d'autres membres du Secrétariat Général,
des efforts sont actuellement déployés pour rouvrir le B.C.N.
de Bagdad, ce qui facilitera la coordination avec les experts iraquiens. A ce
sujet, M. Deridder (Secrétariat Général d'Interpol) déclare
que la réouverture de ce B.C.N. est certes importante, mais qu'elle ne
constitue qu'une partie des mesures requises dans le cadre de la coopération
policière internationale sur cette affaire.
M. Jouanny fait remarquer que tous les pays membres d'Interpol pourront consulter
sa base de données sur les objets d'art volés, dont il présente
une démonstration à l'intention des participants. Jusqu'à
maintenant, les informations communiquées n'ont été utilisées
qu'à des fins de recherche, mais à l'avenir, une approche plus
interactive sera adoptée. Dans l'idéal, les informations pourront
être enregistrées directement dans les bases de données
par les spécialistes en objets d'art de l'UNESCO, avant d'être
diffusées sur Internet et au grand public. Le thésaurus de la
base de données existe en arabe et une traduction intégrale en
arabe sera donc bientôt disponible. En revanche, il ne sera pas possible
de saisir des caractères arabes dans la zone de texte.
En réponse aux questions de Mme Magness-Gardiner et de Mme Van Ess,
M. Jouanny précise que les informations provenant d'autres bases de données
ne pourront être enregistrées automatiquement dans la base de données
d'Interpol et qu'elles devront donc être ressaisies. Les experts de l'UNESCO
ont participé à l'élaboration de la base de données
existante, qui est simple à utiliser une fois que les utilisateurs en
connaissent le fonctionnement. Par exemple, pour les objets d'une même
catégorie tels que les sceaux, il est possible de faire une copie de
la première entrée puis de la modifier. Bien que tous les champs
ne soient pas obligatoires, il est évidemment utile de fournir autant
d'informations que possible car cela aide les experts des services de police
et des douanes qui ne connaissent pas les objets.
Répondant à M. Deridder, qui indique qu'Interpol s'occupe uniquement
des questions de criminalité, M. Darties souligne que, même si
les besoins en matière d'informations des services chargés de
l'application de la loi et du secteur des antiquités diffèrent
à certains égards, il est important de recueillir le plus d'informations
possible puis de les adapter aux besoins. Il est évident que le secteur
des antiquités ne devra pas avoir accès aux informations de police.
M. Jouanny relève qu'aucune information de police n'est mise à
la disposition du public par Interpol.
En réponse à une question de M. Russell concernant les droits
d'auteur relatifs aux informations sur les objets d'art iraquiens diffusées
sur les sites Web, M. Kind indique qu'Interpol ne diffuse ces informations qu'à
la demande de ses membres, et qu'elles ne lui appartiennent pas. M. Eaton ajoute
qu'Interpol n'a pas demandé de renseignements sur les droits d'auteur
à ses B.C.N., qui sont responsables de ces questions et peuvent, s'il
y a un problème, le signaler.
| Allocutions de M. John Ashcroft, ministre
de la justice des Etats-Unis, et de M. Ronald K. Noble, Secrétaire
Général de l'O.I.P.C.-Interpol |
|
|
Le texte des allocutions
de M. Ashcroft et de M. Noble
est disponible (en anglais) sur le site Web d'Interpol.
M. ASHCROFT salue l'initiative qui a été prise de créer
un groupe de travail pour rendre à l'Iraq son patrimoine culturel, et
félicite les participants pour leur volonté de collaborer. Il
rappelle l'engagement de longue date d'Interpol dans la recherche des objets
d'art volés, et son rôle plus général de lutte contre
la criminalité. Après avoir passé en revue les mesures
déjà prises par les Etats-Unis concernant le pillage des antiquités
et décrit la situation actuelle en Iraq, l'orateur insiste sur le fait
que la nation américaine est déterminée à uvrer
pour que l'Iraq retrouve les trésors de son passé et, ce faisant,
à contribuer à son avenir. Il s'agit d'un défi de taille
mais qui est digne d'Interpol et de sa mission.
M. NOBLE présente dans les grandes lignes l'activité et la mission
d'Interpol ainsi que sa capacité à réagir rapidement et
efficacement à la criminalité transnationale, en ajoutant que
son expérience dans le domaine des objets d'art volés remonte
à 1947. Cette expérience lui a montré que de nombreux objets
volés sont retrouvés dans leur pays d'origine, ce qui pourrait
bien aussi être le cas en ce qui concerne l'Iraq. Interpol a réagi
immédiatement aux pillages perpétrés en Iraq en constituant
une équipe chargée d'évaluer la situation, en ouvrant sur
le Web un espace consacré à cette question et en convoquant la
présente conférence en vue d'adopter une stratégie internationale
globale pour que les objets pillés soient restitués à leurs
détenteurs légitimes. Pour cela, Interpol soutiendra les travaux
de l'UNESCO et de l'ICOM concernant la création d'une base de données
recensant les objets existants et ceux qui ont disparu.
Interpol prévoit de créer une cellule spéciale pour travailler
sur la question ; constituée d'experts travaillant au Secrétariat
Général ainsi que d'officiers provenant des B.C.N. et des services
de police des pays membres, cette cellule sera basée dans la région
de l'Iraq. Les pays du monde entier pourront, s'ils le souhaitent, apporter
leur contribution à un fonds spécial destiné à aider
la police à retrouver les biens pillés en Iraq et à remettre
en état le B.C.N. d'Interpol dans ce pays, qui sera connecté au
système de communication mondial de l'Organisation.
Enfin, l'orateur demande à tous de faire preuve de discernement lorsqu'il
s'agit d'examiner la question des pillages jusqu'à ce que les faits soient
connus avec certitude, et de s'employer à établir les faits le
plus rapidement et le plus efficacement possible.
| Approches adoptées par les services
de police spécialisés dans la lutte contre le trafic illicite
des biens culturels |
|
|
Lieutenant Colonel Ferdinando Musella, Chef des opérations, unité
chargée des biens culturels des Carabiniers, Rome (Italie)
Le Lieutenant Colonel Musella indique que la base de données italienne
sur les biens culturels volés en Italie et dans le monde est l'une
des plus fournies de sa catégorie. Elle comprend des photos et des
informations de police. Les grands trafiquants au niveau mondial sont au nombre
de quelques dizaines seulement, et les plaques tournantes du trafic en Europe
sont principalement la Suisse et le Royaume-Uni, où les trafiquants
se procurent des faux papiers pour que les objets d'art puissent être
vendus sur les marchés licites. Cette base de données recense
750 objets qui ont disparu d'Iraq depuis 1991, et ce grâce au projet
BRILA décrit la veille par Mme Venco. Des informations complémentaires
sur le sujet sont disponibles à l'adresse suivante : http://www.carabinieri.it/tap/tpa.asp
M. Claudio Fiorini, Officier des douanes, Direction générale
de la douane italienne, Rome (Italie)
M. Fiorini met l'accent sur la collaboration existant entre la police et
les autorités douanières italiennes. Le service des douanes
a mis au point un système d'alerte automatique et échange des
informations avec ses homologues européens. Les douaniers ne sont cependant
pas des spécialistes en antiquités, et plus ils disposeront
d'informations, plus ils seront efficaces dans l'identification des objets
suspects.
M. Rodolfo Ronconi, Chef du B.C.N. de Rome
En sa qualité d'officier de police, M. Ronconi croit dans les vertus
du partage d'informations pour obtenir des résultats. C'est la raison
pour laquelle il a communiqué à Interpol des renseignements
sur 700 pièces qui ont vraisemblablement été volées
en Iraq, enregistrés par la police italienne. Il estime qu'il est indispensable
d'agir, et qu'il serait utile d'organiser une réunion rassemblant tous
les services de police engagés dans la recherche d'objets d'art volés,
que ce soit dans un pays de transit ou de destination. Il est totalement favorable
à l'idée de protéger une civilisation ancienne aussi
précieuse que la Mésopotamie, à laquelle le monde doit
tant. L'Italie fera tout ce qui est en son pouvoir pour apporter son aide
dans tous les domaines.
Commandant de Police Bernard Darties, Chef par intérim de l'Office
central français de lutte contre le trafic illicite des biens culturels
(France)
M. Darties déclare que la France a enregistré un grand nombre
de vols d'objets d'art, et que l'Office central a été créé
en 1975 pour lutter contre ce phénomène. La France s'est efforcée
d'accroître la sensibilisation au sein de son service des douanes, mais
soutient pleinement l'idée de créer une seule base de données.
En ce qui concerne la restitution des objets d'art, l'orateur appelle l'attention
sur le fait que s'ils ne sont pas découverts rapidement et, chaque
fois que c'est possible, saisis aux frontières, il sera très
difficile de les restituer à l'Iraq. Si un objet est importé
en France et que le délai de saisie arrive à expiration sans
que l'Iraq ait prouvé qu'il en est le détenteur légal,
un collectionneur pouvant prouver qu'il a acheté l'objet de bonne foi
ne pourra le rendre que s'il le veut bien.
S'agissant de l'Iraq, l'orateur espère que les Etats-Unis diffuseront
sous peu des informations concrètes sur les vols en Iraq, y compris,
dès que possible, le type d'acte dont il s'agit (pillage, vol organisé),
car l'on ne dispose toujours pas de données précises concernant
le trafic international. Dans toute cette affaire, le rôle d'Interpol
est déterminant du point de vue policier, mais sans informations opérationnelles
des Etats-Unis, il est difficile de progresser ou de pouvoir comprendre ce
qu'il est advenu des antiquités iraquiennes.
La question de savoir quelle est la législation existante ou en vigueur
en Iraq complique encore le tout. Pour le moment, on ne sait pas quelles lois
locales existent - en supposant qu'il y en ait - ni si elles sont applicables.
Par ailleurs, cela ne présente guère d'intérêt
de rassembler les législations sur les objets d'art volés en
vigueur dans différents pays si les lois des pays d'origine, de transit
et de destination ne sont pas compatibles.
Enfin, la question des trésors iraquiens est aujourd'hui un sujet
phare des médias, mais en sera-t-il encore ainsi dans deux ou trois
ans ? Il faut malheureusement reconnaître que lorsque l'attention du
public diminue, la volonté de trouver une solution - dans une situation
comme celle-ci - a tendance à disparaître totalement.
M. Deridder assure les participants qu'Interpol n'a pas l'intention de se
désintéresser de cette affaire au fil du temps.
M. Rapley estime qu'il n'est pas possible d'attendre que les Etats-Unis
communiquent davantage de données. La disparition des antiquités
d'Iraq a lieu depuis 1991 et tout doit être entrepris pour stopper ce
flux. L'une des mesures possibles dans l'immédiat serait de surveiller
les malfaiteurs connus dans ce domaine. M. Eaton (Secrétariat Général
d'Interpol) est tout à fait favorable à cette suggestion, qui
serait un point de départ idéal pour une future cellule spéciale
d'Interpol consacrée aux antiquités iraquiennes volées.
M. Bouachba indique que le Conseil des ministres de l'Intérieur arabes
se demande si les vols peuvent être considérés comme des
crimes contre l'humanité. Le Conseil considère en outre qu'une
législation internationale consacrée spécifiquement au
vol des trésors de l'humanité est nécessaire, et appuie
la proposition de l'UNESCO, à savoir l'élaboration d'une résolution
des Nations Unies pour empêcher l'importation des antiquités
en provenance d'Iraq. En tant que coordinateur des activités de police,
Interpol pourrait user de son influence pour recommander et soutenir les diverses
actions proposées.
| Stratégie future proposée
par le Secrétariat Général d'interpol pour lutter contre
le trafic illicite des biens culturels iraquiens |
|
|
Un document présentant le projet de conclusions est remis aux participants.
112. M. Kind (Secrétariat Général d'Interpol) présente
le cadre de l'action future d'Interpol concernant les objets d'art volés.
Jusqu'à maintenant, Interpol a géré un flux régulier
d'informations, qu'il a ajoutées à la base de données,
aux CD-ROM (pour diffusion) et au site Web. La situation actuelle fait apparaître
un nouveau défi, et le développement de la base de données
(projet Tiresias) nécessitera une coopération avec les pays partenaires
et les organisations internationales actives dans ce domaine, en particulier
l'UNESCO. La base de données existante sera complétée avec
l'ajout, dans les plus brefs délais, de quelques objets d'art iraquiens
parmi les plus importants, et une rubrique spéciale sera créée
sur le site Web d'Interpol d'ici quelques jours, voire quelques heures. A plus
long terme, la base de données sera encore améliorée de
façon à en faire un outil plus interactif et plus accessible.
Interpol a également l'intention à l'avenir de placer sur la partie
publique de son site Web l'intégralité de la base de données
sur les objets d'art volés.
Interpol projette en outre de renforcer la coopération en créant
un groupe d'experts sur les biens culturels volés et une cellule spéciale
multinationale pour transformer les renseignements en actions concrètes,
Le groupe d'experts comprendra 10 à 12 membres, dont des experts en antiquités
et en biens culturels, des représentants des services chargés
de l'application de la loi et des juristes des pays membres d'Interpol, en particulier
ceux concernés par l'exportation et l'importation illicites des antiquités.
Ce groupe fera office de comité consultatif pour la localisation et l'identification
des objets, et fournira des informations sur la capacité des législations
nationales existantes à permettre leur restitution.
La cellule spéciale se composera de représentants des services
chargés de l'application de la loi. Son rôle consistera à
créer un réseau de points de contact pour aider les services de
répression et les organisations compétentes lorsqu'il s'agira
de prendre des mesures concernant les objets volés et pour mettre au
jour les trafics en leur permettant de s'appuyer sur une base solide pour le
renseignement et la coordination des opérations. En particulier, ces
mesures pourraient consister -sous réserve de l'accord des membres -
en un renforcement des contrôles aux frontières, des vérifications
sur le marché de l'art s'il y a lieu et si c'est possible, une amélioration
de l'échange d'informations concernant les malfaiteurs, les modes opératoires,
les itinéraires et les techniques de dissimulation, ainsi qu'en la planification
d'opérations ciblées à partir des analyses de renseignements.
M. Eaton indique qu'Interpol informera rapidement ses B.C.N. et la communauté
internationale de toutes ses intentions et actions. Par ailleurs, la cellule
qui a été constituée pour s'occuper des éventuelles
infractions résultant de la situation et des interventions en Iraq a
vu son mandat élargi : elle travaille, depuis que ceux-ci ont commencé,
sur les pillages, et un spécialiste en objets d'art a été
mis à disposition au sein de l'équipe. Tous les travaux menés
par Interpol s'effectuent sur la base des programmes et des projets de lutte
contre la criminalité, et les pays membres sont libres d'y participer
ou non ; le groupe sur les antiquités iraquiennes ne fera pas exception
à cette règle. L'idée d'Interpol, dans ce cas, est de rassembler
les compétences existantes et d'assurer la coordination entre les services
de police du monde entier.
En réponse à M. Bouachba, M. Kind précise que la cellule
spéciale qui a été proposée pour retrouver les biens
culturels iraquiens volés comprendra des représentants des services
de police et des douanes d'Iraq, des pays voisins et des pays de destination
des objets.
Mme Karfeld espère que les travaux concrets d'élaboration des
inventaires et des bases de données commenceront bientôt, et insiste
en particulier sur le fait qu'il est important de disposer de points de contact
concernant la législation dans les différents pays.
M. Russell fait remarquer que la présence d'un spécialiste de
la conservation est nécessaire dans toute entité chargée
d'élaborer des inventaires ou des bases de données sur les objets
qui se trouvent encore en Iraq.
M. Jouanny indique que des informations complémentaires sur les bases
de données seront disponibles après la réunion avec l'ICOM
(prévue pour le lendemain), en particulier pour ce qui concerne la liste
rouge des objets d'art iraquiens. Le futur Groupe d'experts, qui est décrit
dans le document remis aux participants, développera l'idée des
points de contact.
M. Carducci (UNESCO) affirme qu'il est capital qu'une mission d'experts se
rende prochainement en Iraq ; Mme Hilary BAUER, "Department of Culture,
Media and Sport" (Londres, Royaume-Uni), souligne que compte tenu du chaos
apparent, dresser un inventaire sur site sera une tâche extrêmement
complexe.
M. Bryan Hanley, "National Expert in the Conduct of Art and Cultural
Property Investigations" (Canberra, Australie), déclare que certains
des musées et des sites sont des scènes de crime détériorées
par les intrusions, et qu'ils doivent être examinés. L'Australie
a proposé son aide pratique au sein d'une équipe multidisciplinaire
qui comprend des spécialistes iraquiens. L'important aujourd'hui est
d'agir rapidement.
| Contributions des autres organisations
internationales |
|
|
M. Guido Carducci, Chef de la Division des normes internationales, Division
du patrimoine culturel, UNESCO
M. Carducci insiste sur la nécessité de retrouver et d'identifier
rapidement et efficacement les objets volés ou pillés, et sur
le fait que la situation actuelle n'est pas claire. Une approche multidisciplinaire
est donc préconisée. Au cours des prochains jours, l'UNESCO enverra
à Bagdad une mission qui commencera ses travaux en recherchant d'éventuels
inventaires des biens culturels et en utilisant ceux qui sont disponibles. L'orateur
ajoute que l'UNESCO encourage la restitution volontaire des antiquités
plutôt que les actions judiciaires. Cette organisation a par ailleurs
demandé au Secrétaire Général des Nations Unies
d'examiner la possibilité de présenter un projet de résolution
au Conseil de sécurité en vue d'interdire l'exportation des biens
culturels d'Iraq.
En ce qui concerne la coordination des bases de données, les participants
à la présente réunion sont tous invités à
écrire à l'UNESCO pour confirmer qu'ils acceptent de relier leur
site Web au sien, pour ainsi permettre l'accès à leurs bases de
données existantes sur les objets d'art volés. La base de données
consacrée aux objets d'art iraquiens qui sera créée sous
peu sera coordonnée par l'UNESCO en collaboration avec Interpol, et des
réunions auront lieu pour finaliser cette approche.
Les conventions existantes de l'UNESCO sur les biens culturels volés
sont utiles, mais si la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels
en cas de conflit armé a été ratifiée par l'Iraq,
elle ne l'a été en revanche ni par les Etats-Unis ni par le
Royaume Uni. La Convention de 1970 concernant les mesures à prendre
pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert
de propriété illicites des biens culturels a, au jour d'aujourd'hui,
été ratifiée par 97 pays, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni
et la France ; c'est un instrument utile pour la restitution des objets
portant un numéro d'inventaire, mais pas pour ceux provenant de fouilles
illicites. L'article 13 de cette convention stipule que la restitution doit
s'opérer conformément à la législation du pays
important les objets. D'autres pays devraient ratifier cette convention, bien
que l'accent ait été mis à l'origine sur la coopération
et qu'aucune disposition précise de droit pénal n'ait été
prise.
Pour retrouver certains objets particulièrement importants, l'Iraq
pourrait aussi faire appel au Comité intergouvernemental de l'UNESCO,
un groupe consultatif qui facilite les négociations entre les pays.
M. Bouachba observe qu'il sera difficile pour l'Iraq d'entreprendre une telle
action puisque le pays n'a pas pour l'instant de gouvernement, ce à quoi
M. Carducci répond que les objets pourront être soumis au comité
précité une fois qu'un gouvernement sera en place. Ce comité
a pour seule tâche de faciliter les discussions ; il ne possède
aucun pouvoir juridique, et ne pourra intervenir que pour un très petit
nombre de pièces uniques d'une valeur inestimable.
M. Carducci note également que l'UNESCO s'attaque à la question
de la législation qui est en vigueur dans tous les pays concernant le
patrimoine culturel, mais que son projet est une entreprise de longue haleine.
La question de savoir si la restitution des antiquités volées
ou pillées peut être régie par le droit et les traités
internationaux est en cours d'examen. Si les pays d'origine et de destination
ont ratifié la Convention de 1970 de l'UNESCO concernant les mesures
à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation
et le transfert de propriété illicites des biens culturels, cela
simplifiera les choses. Si toutefois il est nécessaire de prouver le
vol, cette obligation doit être prévue dans la législation
du pays où le vol a été commis.
M. Darties signale que l'UNESCO n'a cependant aucun pouvoir juridique et que
si un ou plusieurs pays impliqués dans le trafic d'antiquités
n'a pas ratifié la Convention de 1970, l'UNESCO ne peut malheureusement
pas faire grand chose.
M. Manus Brinkman, Secrétaire Général de l'ICOM
M. Brinkman indique que l'ICOM fait partie du "Blue Shield", un
comité composé du Conseil international des archives, du Conseil
international des musées, du Conseil international des monuments et
des sites et de la Fédération internationale des associations
de bibliothécaires et d'institutions. Ce comité s'est récemment
réuni pour discuter de la situation en Iraq ; il a souligné
qu'il y avait eu non seulement des vols mais aussi des saccages, en particulier
dans les bibliothèques et les archives, et a demandé à
l'UNESCO et à Interpol d'en tenir compte lors de leurs travaux futurs
sur la question. Il a également exprimé le regret que les engagements
de financement pris par de nombreux pays pour apporter une aide dans des situations
de crise comme celle-ci aient du mal à se concrétiser une fois
que l'attention des médias retombe.
L'ICOM s'attache à accroître la sensibilisation sur la question
de l'identification des antiquités ; il collabore régulièrement
avec Interpol et l'UNESCO, et organise des ateliers pour les autorités
douanières, la police et les marchands d'art. La formation à l'identification
des objets qu'il propose est d'un grand secours pour les musées qui ne
disposent pas d'un système sophistiqué pour inventorier ou identifier
les objets.
L'ICOM diffuse également une "Liste rouge" des objets les
plus menacés sur certains continents, un outil qui s'est avéré
très utile pour retrouver les objets. L'élaboration d'urgence
d'une liste rouge sur l'Iraq est à l'étude. Cette liste classerait
les objets disparus par catégories afin d'aider la police et les douanes
à les reconnaître, et serait disponible en anglais, français
et arabe. Une réunion, à laquelle sont conviés les spécialistes
présents ce jour, est convoquée le 7 mai pour établir cette
liste, qui sera ensuite amplement médiatisée, mise à disposition
sur Internet et diffusée aux parties intéressées, dont
l'Organisation mondiale des douanes avec laquelle l'ICOM a conclu un protocole
d'accord. L'orateur espère que des fonds apportés par le Département
d'Etat des Etats-Unis permettront de financer cette initiative. La liste sera
très certainement prête dans quelques jours.
Répondant à M. TABBAA, l'orateur précise que cette liste
rouge prendra en compte les archives et les bibliothèques, mais qu'il
est très difficile pour l'instant d'évaluer l'ampleur des dommages
et des pertes qui s'y sont produits.
| Stratégies policières
opérationnelles : discussions et recommandations |
|
|
Mme Karfeld souligne que les coordonnées des spécialistes des
législations nationales relatives aux biens culturels volés devraient
être mises à la disposition de ceux qui travaillent sur le cas
de l'Iraq. Les pays concernés pourraient alors contacter ces personnes
en cas de problèmes juridiques.
M. Deridder précise qu'Interpol a prévu cela. Etant donné
qu'il est impossible de créer une base de données sur les législations
en vigueur dans tous les domaines de la criminalité, l'Organisation établira
des points de contact autant que faire se peut et apportera son aide en recherchant
la législation applicable dans des cas spécifiques. M. Carducci
(UNESCO) rappelle que l'UNESCO travaille actuellement à l'élaboration
d'une base de données sur la législation relative aux biens culturels
volés, en ajoutant que c'est une tâche difficile qui de plus, nécessite
des moyens financiers. La législation changeant fréquemment, cette
base de données devra en outre être actualisée, ce qui nécessitera
un apport considérable et continu de la part des pays membres. Pour l'heure,
la seule solution aux problèmes juridiques dans ce domaine consiste à
conclure des accords bilatéraux. En ce qui concerne l'Iraq, il est urgent
de savoir quelle loi sera applicable pour les questions relatives au vol d'antiquités.
Interpol ou l'UNESCO devrait, si possible, publier sur son site Web la loi iraquienne
en vigueur.
S'agissant de la base de données Interpol qui est proposée,
M. Russell demande si elle inclura les objets dont on sait avec certitude qu'ils
ont disparu, ou ceux dont on pense qu'ils le sont. La tâche sera longue
s'il faut prouver qu'un vol a eu lieu. Par ailleurs, un très grand nombre
d'objets n'ont pas été inventoriés et ne pourront donc
pas figurer dans la base de données.
M. Deridder lui répond que comme il s'agit d'une base de données
destinée aux services chargés de l'application de la loi, seuls
les objets dont le vol ou la disparition a été confirmé
peuvent y figurer. Ces informations seront fournies par les musées, l'UNESCO
et les B.C.N. d'Interpol
M. Carducci affirme qu'il faudra de nombreux mois pour simplement enregistrer
ce qui manque et comparer l'état des lieux antérieur et actuel.
Mais il semble qu'il n'y ait pas d'autre façon de procéder. M.
Brinkman se demande si l'UNESCO ne pourrait pas élaborer une base de
données sur tous les objets qui ont disparu ou dont on soupçonne
qu'ils ont été volés.
M. Hanley suggère d'interroger les conservateurs et le personnel des
musées iraquiens pour voir ce qu'ils savent exactement.
M. Halverson aimerait savoir ce qui pourra être fait si des objets sont
retrouvés avant que la base de données ne soit utilisable, et
qui décidera si les objets ont effectivement été volés.
M. Deridder lui répond que si les représentants de la coalition
ou les autorités iraquiennes confirment qu'un objet est volé,
il faudra l'accepter comme tel. Il est difficile pour le moment, du fait du
manque d'informations concernant la législation en vigueur, de savoir
qui est chargé de la conservation des objets, mais lorsque le B.C.N.
de Bagdad sera opérationnel, il pourra être utilisé pour
coordonner les actions qui doivent être entreprises au sujet des objets
retrouvés.
M. Jouanny ajoute qu'il sera également difficile d'arrêter des
voleurs présumés car il n'existe aucune disposition juridique
applicable, à moins que l'on dispose, sous une forme ou une autre, d'une
preuve qu'une infraction a été commise. Il faut également
savoir que tout objet provenant de fouilles ou intercepté par les douanes
ou les services chargés de l'application de la loi ne pourra être
considéré automatiquement comme ayant été volé.
M. Carducci indique que pour les antiquités en provenance d'Iraq, la
présomption de vol est moins problématique : si un individu ne
peut prouver qu'il est le détenteur officiel d'un objet, on pourra supposer
que cet objet a été volé.
Mme Charlotte Van Rappard-Boon, Inspecteur en chef pour la division du Patrimoine
culturel (Pays-Bas), fait remarquer que lorsque des objets seront retrouvés,
des recherches pourraient être entreprises dans des bases de données
ou des catalogues, auquel cas des liens vers des sites Web et d'autres ressources
seraient les bienvenus.
M. Lasfargues appelle à nouveau toutes les parties concernées
à agir rapidement, sans quoi le trafic d'objets d'art prendra de l'ampleur.
Il est par ailleurs indispensable de pouvoir accéder aux réserves
et aux chambres fortes en Iraq.
Mme Magness-Gardiner rappelle que la base de données du Département
d'Etat des Etats-Unis est prête et pourra être mise à la
disposition des parties intéressées.
Mme Maïano précise qu'il est important que les objets soient saisis
par les douanes avant qu'ils n'arrivent dans les pays de destination, car des
poursuites judiciaires seront alors nécessaires.
Mme Laureen Cremin, du "Bureau of Immigration and Customs Enforcement"
des Etats-Unis, se demande si au lieu de la cellule spéciale proposée
par Interpol, on ne pourrait pas créer plutôt deux groupes de travail
: l'un chargé des estimations et des enquêtes ; l'autre de la recherche
et de la restitution des objets. M. Deridder considère pour sa part que
l'estimation des objets d'art est du ressort de l'UNESCO, car Interpol n'a aucune
expertise en la matière. La cellule spéciale proposée par
Interpol est centrée sur l'application de la loi plutôt que sur
la récupération des objets car, là encore, il s'agit d'une
vaste question qui dépasse les attributions d'Interpol.
Répondant à M. Karfeld, M. Halverson indique que la douane des
Etats-unis peut saisir temporairement un objet s'il n'existe aucun titre de
propriété, et que la personne qui en revendique la propriété
peut ensuite engager des poursuites judiciaires pour le récupérer.
M. Michael Palmer, ancien Chef de la Police fédérale australienne,
ajoute que les bases de données existantes permettront, jusqu'à
ce que l'on dispose d'un meilleur outil, de confirmer les soupçons quant
au vol d'un objet.
M. Rapley croyait au départ que la base de données d'Interpol
devait comporter des renseignements sur tous les biens culturels iraquiens.
Or, si elle se limite aux objets dont on a confirmé le vol - conformément
au rôle d'Interpol en matière d'application de la loi - une autre
base plus générale est aussi nécessaire. L'orateur reste
cependant opposé à l'idée qu'Interpol mette cette base
de données à la disposition du public, tout au moins au début,
car les voleurs seraient tentés de prétendre qu'un objet n'a pas
été volé simplement parce qu'il ne figure pas dans la base
de données de l'Organisation.
En réponse à M. Halverson et à M. Russell, M. Jouanny
convient que la collaboration entre toutes les parties est capitale. La future
cellule spéciale établira autant de points de contact que possible
auprès des organisations, entités et services spécialisés,
et les mettra à la disposition des forces de police et des douanes. Interpol
publiera bien sûr dans la rubrique appropriée de son site Web les
objets saisis et non identifiés.
M. Eaton présente ensuite plusieurs modifications proposées
par les participants et le Secrétariat Général d'Interpol
pour le texte des recommandations. Celles-ci sont ensuite approuvées
dans leur forme définitive ; elles seront diffusées par Interpol
et transmises à toutes les parties concernées.
M. Deridder conclut les débats en appelant tous les participants à
rester en contact entre eux et avec Interpol. D'autres réunions sur le
thème des antiquités pillées et volées en Iraq auront
lieu au Secrétariat Général d'Interpol, et l'Organisation
poursuivra naturellement ses travaux sur la question. En réponse à
une question de M. Kazushi Inoue, de la police nationale japonaise (Tokyo),
l'orateur indique qu'un financement sera trouvé pour ces activités
et que des informations sur les ressources humaines et techniques engagées
seront communiquées en temps voulu aux pays membres d'Interpol.
Il remercie tous les participants pour leur enthousiasme ainsi que pour leurs
propositions et leurs exposés fort intéressants. Interpol a beaucoup
appris de toutes les personnes présentes, et utilisera ces précieuses
informations lors de ses travaux à venir.
Après avoir remercié les interprètes, il clôt la
réunion à 17 h 15.