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10 January 2009



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Tout terrorisme est aussi local
Article d’opinion de M. Ronald K. Noble, Secrétaire Général d’INTERPOL
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14 août 2006

BIEN QUE l’action mise en œuvre, la semaine dernière, pour déjouer un complot terroriste visant à faire exploser des avions de ligne commerciaux au-dessus de l’Atlantique ait été une grande réussite, elle a néanmoins mis en évidence une dangereuse lacune des dispositifs de sécurité dans le monde. Le problème est que les autorités et les services de sécurité des pays qui arrêtent des terroristes et annoncent leur triomphe à la presse omettent souvent d’alerter les services de police nationaux et locaux du reste du monde ou de leur communiquer des informations pourtant essentielles à la protection de leurs concitoyens.

Après avoir arrêté les personnes qui, comme on le pense, devaient poser des ' bombes liquides ' dans les avions en question, les autorités britanniques ont rapidement annoncé leur succès aux médias – mais elles n’ont pas alerté la communauté mondiale des services chargés de l’application de la loi ou INTERPOL en enregistrant ces informations dans des bases de données internationales accessibles à nos 184 pays membres.

Et lorsqu’elles ont informé les banques de l’identité de certains suspects pour que leurs avoirs soient gelés, elles ne nous ont pas transmis ces informations – et ce, malgré le fait que la semaine dernière, le Conseil de sécurité des Nations Unies ait reconnu par un vote unanime qu’INTERPOL pouvait aider à l’exécution de certaines sanctions, notamment le gel des avoirs terroristes. Nous n’avons eu connaissance de ces noms que parce qu’ils ont été publiés sur le site Web de la Banque d’Angleterre.

Les informations de ce type sont capitales pour les services de police, qui se trouvent en première ligne du combat contre la terreur. Lorsque ces services reçoivent des informations sur des complots et des suspects, ils peuvent déterminer comment ces informations s’intègrent dans le puzzle des autres éléments glanés ici et là concernant des organisations terroristes locales et leurs activités. Que les polices du reste du monde aient connaissance de tels éléments ne devrait pas être laissé aux bons soins du hasard.

Si ce problème ne s’était posé qu’une fois, l’affaire pourrait avoir moins d’importance. Mais l’attitude consistant à ne pas mettre en commun rapidement avec les services chargés de l’application de la loi du reste du monde les informations relatives à des terroristes est systémique et persistera probablement tant que les législateurs, les pouvoirs publics et les Nations Unies ne seront pas convaincus de la nécessité de changer les choses. INTERPOL pense qu’il existe déjà des arguments suffisamment persuasifs pour que cette façon de procéder s’impose.

Commençons par le précédent le plus récent : le mois dernier, sept terroristes présumés soupçonnés d’avoir des liens avec Al-Qaida se sont évadés d’une prison en Arabie saoudite ; les autorités saoudiennes n’en ont pourtant jamais soufflé mot aux autres pays. Un message d’alerte demandant leur arrestation aurait pu être immédiatement diffusé dans le monde entier par le système de communication sécurisée d’INTERPOL.

Au lieu de cela, nous avons appris ces évasions par voie de presse, plusieurs jours après les faits, et avons dû contacter l’Arabie saoudite pour lui demander les noms, photographies et empreintes digitales des évadés. Partant, les suspects ont pris une longueur d’avance inacceptable, leur arrestation n’a pas été signalée par les Saoudiens, et ils pourraient se trouver n’importe où dans le monde, en train de mettre sur pied quelque attentat meurtrier.

Autre exemple : en février, 23 condamnés (dont 13 membres d’Al-Qaida) se sont évadés d’une prison au Yémen. Là encore, la communauté policière internationale a dû apprendre l’évasion par les sources publiques d’informations. Plusieurs jours ont passé avant que nous ne recevions les noms et photographies des évadés, et nous n’avons encore aucune empreinte digitale.

Cette absence de communication rapide des informations, y compris d’informations déjà diffusées, a nui aux efforts que nous déployons depuis les attentats du 11 septembre. Agacé par le manque de coopération constaté au cours de cette terrible journée, j’avais dû solliciter l’intervention personnelle de l’Attorney General John Ashcroft. Lorsque j’ai expliqué qu’INTERPOL ne pouvait enregistrer dans ses bases de données que les informations directement transmises par des sources gouvernementales officielles – et que les informations divulguées par la presse ne nous étaient d’aucune utilité –, il a immédiatement donné l’ordre que tous les services des É tats-Unis chargés de l’application de la loi nous communiquent les informations en leur possession, qualifiant de ridicule la réponse de certains bureaucrates qui objectaient qu’une autorisation gouvernementale était nécessaire.

Mais une telle coopération est rare : après les attentats commis l’été dernier dans le métro de Londres, j’ai contacté les autorités britanniques pour qu’elles envoient le profil de l’un des suspects qu’elles recherchaient mais dont elles ignoraient le lieu de séjour. J’ai été accueilli par une fin de non-recevoir. Pourquoi ? ' Parce que ', m’a-t-on répondu, ' les Londoniens pourraient croire que la police du Royaume-Uni ne sait pas où se trouve le terroriste présumé et s’inquiéter sans raison '.

Aucune famille ne devrait accepter que ceux qu’elle aime soient tués par des terroristes étrangers en fuite parce que les services chargés de l’application de la loi de son pays n’ont pas reçu les noms, photographies et empreintes digitales des évadés. Or, bien que presque tous les pays développés aient mis en place des systèmes permettant l’échange d’informations sur des malfaiteurs et des terroristes entre leurs différents services de police, ils ne possèdent pas de système satisfaisant exigeant la communication régulière d’informations à INTERPOL ou à des policiers étrangers.

De même, on apprend de plus en plus aux personnels des services de police locaux ou régionaux du monde entier à enregistrer les noms, photographies et empreintes digitales de malfaiteurs et de suspects dans les bases de données nationales, mais peu de fonctionnaires locaux reçoivent pour instruction d’enregistrer les informations obtenues à la suite d’arrestations dans les bases de données internationales existantes – ou l’apprennent au cours de leur formation.

Pourquoi ? Certains pays croient à tort que ces affaires n’intéressent que leurs services, que les autres pays ne sont pas concernés ; d’autres sont à des lieues de s’imaginer les possibilités existantes ; d’autres encore continuent à voir les choses comme avant le 11 septembre 2001, quand l’enquête post-attentat était plus importante que la prévention d’éventuels attentats à venir. Je comprends ces difficultés, mais celles-ci peuvent être résolues par la formation, par des protocoles clairs et par un suivi constant de l’actualité. Malheureusement, INTERPOL n’est pas à même d’exiger une telle coopération. Pour que cette coopération existe, nous avons besoin de la part de tous nos pays membres qu’ils manifestent une volonté de coopérer à la fois organisée et véritablement susceptible d’être respectée.

La mise en échec de ce complot terroriste en Grande-Bretagne fait clairement apparaître qu’à l’ère de la mondialisation, l’arrestation de terroristes de l’autre côté d’un océan pourrait bien être la seule chose capable d’empêcher ces individus de se présenter à votre porte.

Publié dans le New York Times du dimanche 13 août 2006

 

Last modified on 2 Aug 2007 
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