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4 December 2008



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Réunion du groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales

Recherche d'une méthode d'identification par les empreintes digitales

Partie II : Description détaillée de la méthode d'identification à l'aide d'une terminologie normalisée et par la définition/l'application de principes admis par tous.

 
1. Résumé
 
2. Recommandations
 
3. Lancement et mise sur pied du groupe de travail
 
4. Mandat
 
5. Introduction au présent rapport
 
6. Contenu du rapport
 
7. Modèle de description
 
8. Modèle de prise de décision
 
9. Vérification
 
10. Empreintes partagées
 
11. Procédure à adopter en cas d'opinions divergentes
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Plus de 100 ans après la première identification d'une trace papillaire retrouvée sur la scène d'un crime, la dactyloscopie demeure une technique de criminalistique d'une exceptionnelle efficacité mais dont les procédures d'analyse, de comparaison et de prise de décision restent l'objet de nombreuses discussions d'experts.

Une pratique quotidienne dans de nombreux pays, à laquelle s'ajoute la succession de colloques internationaux réunissant les meilleurs spécialistes européens voire mondiaux, n'ont pas permis jusqu'alors de fixer un standard unique, universel, qui règle définitivement la question fondamentale à laquelle doivent répondre, jour après jour, tous les spécialistes en dactyloscopie : "telle trace papillaire a-t-elle été laissée par tel individu ?".

Autrement dit, à partir de quels éléments et selon quel processus peut-on établir avec certitude l'existence d'un lien univoque entre une trace papillaire, par essence fragmentaire, et un individu déterminé, sachant que de cette réponse, dépendra pour une bonne part l'issue d'un procès pénal ?

Ainsi posée, la réponse excède manifestement ce qui peut être, raisonnablement, laissé à l'appréciation d'un seul homme quelles que puissent être ses qualités professionnelles.

C'est bien cette problématique qui a été au cœur des travaux du groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales.

Si les solutions retenues au terme de discussions passionnées ne sauraient constituer la formule magique que tant appellent de leurs vœux, il m'apparaît que le groupe de travail s'en est beaucoup approché grâce à la mise en commun de la grande expérience professionnelle de chacun de ses membres qui, au-delà de leurs divergences se sont attachés à valoriser ce qui les unit.

Le document qui en résulte constitue le socle d'une approche commune, standardisée, de la comparaison dactyloscopique. Il est le fruit d'un véritable travail de synthèse qui met en exergue des principes d'analyse, d'évaluation, de comparaison et de vérification, directement applicables par tous les services de dactyloscopie quel que soit leur système de référence actuel.

Ce document doit être mis en relation avec les résultats précédemment obtenus par les groupes de travail européens d'Interpol qui, au cours des 10 dernières années, ont traité de différents aspects de la dactyloscopie.

Il en est le complément indispensable et forme avec eux un ensemble cohérent d'une grande richesse.

J'ai personnellement éprouvé beaucoup de satisfaction à exercer la présidence de ce groupe de travail, composé de femmes et hommes de grande valeur et dont l'action dans le cadre de l'OIPC, se devait nécessairement d'avoir une ambition particulière.

C'est dans cette perspective, au service de ceux qui n'étaient pas présents lors de nos réunions mais qui en attendent des résultats tangibles, que j'ai voulu conduire ces travaux.

J'ai la conviction que le chemin parcouru ouvre la voie vers la mise en œuvre de processus d'identification par les empreintes digitales plus rigoureux, mieux sécurisés et qui soient fondés sur des principes admis par tous les praticiens.

Enfin, je tiens à remercier chacun des participants à ce groupe de travail pour la qualité de sa contribution et tout particulièrement monsieur A. J. ZEELENBERG (Président du Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales) chef du service national de dactyloscopie des Pays-Bas, dont l'engagement personnel a été déterminant dans les travaux ayant conduit à l'élaboration de la "méthode d'identification par les empreintes digitales".

Eric BRENDEL
Président du Groupe d'experts européens II d'Interpol
sur l'identification par les empreintes digitales
Chef du service central de documentation criminelle (France)

 

1. Résumé
 

Le Groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales ("Groupe II") a été constitué en mai 2000, suite à une proposition étayée par des recommandations du groupe d'experts initial, présentée lors de la 29ème Conférence régionale européenne qui s'est tenue à Reyjkavik (Islande) et adoptée par elle.

La proposition adoptée a représenté une progression, ou plus précisément une extension, de la mission confiée au groupe initial. Les tâches confiées au nouveau groupe ont été énoncées dans les termes suivants :

"Rechercher, définir et fixer une terminologie normalisée relative au processus d'identification par les empreintes digitales et à l'application générale de ce processus à la détection, à la validation et à la comparaison des détails papillaires, de façon à créer une base de communication et à encourager l'homogénéisation du vocabulaire".

"Définir et fixer un certain nombre de principes admis par tous en ce qui concerne la mise en oeuvre de ce processus, de façon à ce qu'il soit possible de le normaliser, de le contrôler et de le rendre objectif. Cette mission peut couvrir l'élaboration de définitions ainsi que la fixation de normes, de standards, de règles, de lignes directrices et la formulation de conseils pratiques."

Le "Groupe II" a intégré une délégation espagnole, qui est venu renforcer l'effectif et les ressources dont disposait le groupe d'experts initial. Le "Groupe II" s'est réuni cinq fois au total.

En totale conformité avec la mission confiée au "Groupe II", le rapport de ce groupe comporte en particulier deux chapitres présentant ce qui peut être considéré comme les fondements de toute méthode de police scientifique, à savoir un modèle descriptif et un modèle de prise de décision. Le rapport du "Groupe II" reprend en outre le rapport du groupe initial en l'approfondissant, élaborant ainsi une procédure intégrée valable pour la comparaison et l'identification en matière d'empreintes digitales.

Par ailleurs, le rapport du "Groupe II" confirme les principes fondamentaux de l'identification. Il contient des principes directeurs détaillés sur l'analyse, la comparaison, l'évaluation, la validation et la vérification des caractéristiques des empreintes digitales, introduit la terminologie la plus couramment utilisée dans le domaine de la dactyloscopie, met en évidence certains risques et conseille sur l'application de principes scientifiques généraux et d'une méthodologie facilement transposables dans le domaine de l'identification par les empreintes digitales.

Enfin, le rapport du "Groupe II" fait état de la nécessité d'une procédure pour les identifications incertaines, venant s'ajouter à la procédure de vérification. Un exemple d'une telle procédure est présenté en détail.

La méthodologie et la totalité du processus exposés sont transparents, rigoureux, reproductibles et vérifiables. On peut donc s'attendre à ce que tous les spécialistes des empreintes digitales comprennent et approuvent le contenu du rapport, même s'ils n'ont pas participé de façon directe aux travaux du groupe.

En guise de conclusion, il est à noter que le contenu du rapport a remporté l'adhésion unanime et sans réserve du Groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales. Le "Groupe II" pense avoir rempli son mandat autant qu'il était possible de le faire, et soumet son rapport à la Conférence régionale européenne.

 

2. Recommandations
 

Le Groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales recommande à la Conférence régionale européenne d'Interpol :

  • Que la Conférence régionale européenne reconnaisse l'importance de ce rapport et lui donne son aval ;

  • Que le Secrétariat général d'Interpol adopte officiellement ce rapport ;

  • Que le Secrétariat général d'Interpol communique ce rapport à tous les B.C.N. européens, accompagné d'une lettre qui le recommande, engage à le lire en gardant à l'esprit le rapport du groupe initial et à le transmettre aux spécialistes des empreintes digitales de leurs pays respectifs ;

  • Que le Secrétariat général d'Interpol informe en outre les B.C.N. que les deux rapports sont publiés dans la partie à accès public du site Web d'Interpol et qu'il est donc probable qu'ils susciteront des questions de la part des services de dactyloscopie et/ou de la part de tiers qui solliciteront ces services relativement à l'application (ou à la non-application) de processus et procédures dans certains d'entre eux ;

  • Que la responsabilité de ces rapports en ce qui concerne la promotion, le suivi et les conseils quant à la mise en œuvre des recommandations et la détermination de contraintes éventuelles, de lacunes et de nouveaux besoins soit confiée à un organe permanent tel qu'un comité permanent.

Le Groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales pense que ce suivi est déterminant pour pouvoir tirer le meilleur parti de l'important travail des groupes, pour protéger ce travail de l'accusation d'être contreproductif et pour parer aux critiques dirigées contre le Secrétariat général si les services de dactyloscopie et les spécialistes en la matière ne mettent pas en oeuvre les processus et procédures exposés, ou d'autres, donnant ainsi une image négative de la profession si cela est rendu public.

 

3. Lancement et mise sur pied du groupe de travail
 

Comme suite à la décision prise par la 29ème Conférence régionale européenne réunie à Reykjavik (Islande) en mai 2000, le Comité européen (CE) d'Interpol a décidé d'approuver le rapport du Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales intitulé "Recherche d'une méthode d'identification par les empreintes digitales". Conformément aux recommandations qui y sont formulées, le CE a convenu de reconduire ce groupe de travail et de le rebaptiser "Groupe d'experts européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales".

En vertu de ces mêmes recommandations, le Secrétariat général a été chargé d'organiser des réunions et de prévoir des services d'interprétation en français et en anglais.

Lors de la Conférence régionale européenne, l'Espagne a sollicité sa participation au groupe de travail, ce qui, après une discussion concernant la composition du groupe, lui a été volontiers accordée.

Le Secrétariat général d'Interpol a préparé les réunions du Groupe d'experts, auxquelles ont été conviées les délégations suivantes : France, Allemagne, Hongrie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Espagne et Royaume-Uni. Le Secrétariat général était également représenté.

Le groupe de travail était constitué de la façon suivante :

France Présidence, rédaction du projet, rédaction du compte rendu
Secrétariat général Organisation
Service Dactyloscopie du Secrétariat général
Allemagne
Hongrie
Pays-Bas Rédaction du projet
Norvège
Pologne
Espagne
Royaume-Uni Rédaction du projet

La délégation de la France a été élue pour assurer la présidence lors de la première réunion. C'est elle qui s'est en outre chargée de rédiger le compte rendu des réunions.

Les réunions ont eu lieu au siège du Secrétariat général, à Lyon, aux dates suivantes :

  • 21-22 février 2001,
  • 18-19 septembre 2001,
  • 3-4 octobre 2002,
  • 2-3 juillet 2003 (sous-comité),
  • 31 mars-1er avril 2004.

Un projet de rapport élaboré par un sous-comité composé de délégués français, néerlandais et britanniques a été présenté, examiné, amendé et approuvé à la cinquième réunion.

 

4. Mandat
 

Le mandat proposé par le premier groupe de travail et adopté par le Comité européen d'Interpol est le suivant :

"Rechercher, définir et fixer une terminologie normalisée relative au processus d'identification par les empreintes digitales et à l'application générale de ce processus à la détection, à la validation et à la comparaison des détails papillaires, de façon à créer une base de communication et à encourager l'homogénéisation du vocabulaire."

"Définir et fixer un certain nombre de principes admis par tous en ce qui concerne la mise en œuvre de ce processus, de façon à ce qu'il soit possible de le normaliser, de le contrôler et de le rendre objectif. Cette mission peut couvrir l'élaboration de définitions ainsi que la fixation de normes, de standards, de règles, de lignes directrices et la formulation de conseils pratiques."

 

5. Introduction au présent rapport
 

5.1.1 Le présent document sert de mise à jour et de complément au rapport élaboré par le premier groupe de travail du Groupe d'experts intitulé "Recherche d'une méthode d'identification par les empreintes digitales", avec lequel il prend tout son sens.

Le premier rapport s'attachait principalement à présenter les grandes lignes du processus d'identification et formulait des recommandations sur l'organisation, les procédures, les dactylotechniciens, la formation, l'environnement de travail et le code de conduite.

5.1.2 Bien que le précédent rapport fournissait déjà certaines définitions, le présent document a pour objet d'approfondir la terminologie commune et de fixer des principes admis par tous. Le cas échéant, les définitions provenant du premier rapport seront citées afin d'être explicitées davantage.

5.1.3 L'une des conclusions du premier rapport était que les dactylotechniciens ne peuvent tirer de conclusion formelle sur une identité que s'ils disposent d'un certain volume d'informations concordantes. Le fait que ce volume soit prédéterminé ou non dépend de l'approche adoptée.

5.1.4 Le présent rapport se concentre surtout sur le contenu de ces informations et le processus décisionnel y afférent.

 

6. Contenu du rapport
 

6.1.1 Pour obtenir le volume minimum d'informations nécessaire à l'établissement d'une identification formelle que ce soit par un spécialiste au cas par cas ou par rapport à une norme numérique , il faut analyser les informations disponibles, les valider, se prononcer sur leur authenticité et déterminer si leur volume total est suffisant ou non.

6.1.2 Tout exposé ou débat sur les normes intervenant dans la prise de décision est inutile si l'on ne parle pas le même langage. En fait, les normes ne peuvent être jugées et comparées que par rapport aux processus/procédures.

6.1.3 L'exigence fondamentale pour une méthode scientifique est la reproductibilité : des dactylotechniciens examinant la même empreinte et appliquant une procédure et des normes identiques doivent parvenir à la même conclusion.

Le fait de définir de façon détaillée les méthodes et les procédures et de les respecter les rend transparentes et contrôlables. De plus, cela facilite leur transfert entre générations, mettant ainsi en avant leur valeur empirique.

6.1.4 L'utilisation de principes communs favorise l'homogénéisation et facilite l'échange de points de vue sur des cas précis. Que l'on utilise ou non une norme fondée sur les points caractéristiques, le fait d'appliquer plus ou moins les mêmes règles d'identification permet, si une affaire est transférée d'un service à un autre, de déterminer le nombre de points caractéristiques concordants (la conclusion finale incombant au service destinataire).

6.1.5 Afin de mieux structurer les processus de validation, de comparaison et de prise de décision, les principes de base suggérés par MM. van Koppen et Crombag pour les travaux d'identification menés par la police scientifique ont été adoptés.

M. P.J. van Koppen, des universités de Leiden et d'Anvers, et M. H.F.M. Crombag, de l'université de Maastricht, ont analysé toutes sortes d'éléments de preuve fournis par des spécialistes de la police scientifique et établi une liste de principes fondamentaux communs, publiée dans le Dutch Journal for Lawyers en janvier 2000. Ces principes sont les suivants :

  1. Le dactylotechnicien a à sa disposition un modèle décrivant les points caractéristiques pertinents de la trace latente relevée sur la scène du crime, en vue de leur comparaison avec ceux des empreintes de l'accusé.

  2. Il existe d'importantes variations d'une personne à une autre au niveau des points caractéristiques pertinents.

  3. Les points caractéristiques pertinents changent si peu au fil du temps que même après un certain délai, leur comparaison est toujours possible.

  4. Le dactylotechnicien utilise une méthode permettant de déterminer sans ambiguïté/sans risque d'erreur les points caractéristiques pertinents.

  5. Le dactylotechnicien suit des règles pour prendre des décisions sur l'identité de l'auteur de l'empreinte à partir de la comparaison.

Tous ces principes sont applicables aux empreintes digitales. Le caractère indéfini des variations (ou l'unicité des empreintes) est prouvé par l'origine, l'analyse statistique et des décennies de résultats d'expériences réalisées en particulier au deuxième niveau de détail (2). Le principe de la permanence (3) est également valable, et les propriétés de base des points caractéristiques restent inchangées, même dans des conditions défavorables (4), ce qui permet de tirer des conclusions fiables, à condition que l'empreinte digitale soit "lisible".

6.1.7 Un modèle de description et un modèle de prise de décision décrits dans le présent rapport doivent par ailleurs être utilisés. Dans la pratique, ces deux modèles sont étroitement liés : pour déterminer si un point dactyloscopique est présent ou non, s'il est important et s'il coïncide avec l'empreinte de référence, il faut appliquer le modèle de description et prendre toute une série de petites décisions. Le modèle de prise de décision n'est donc pas seulement utilisé pour décider si le volume d'informations est suffisant ou non.

6.1.8 Le "volume" des informations comporte trois aspects : quantité, qualité et degré de ressemblance/similitude.

6.1.9 Les étapes d'identification décrites dans le premier rapport (information, comparaison, évaluation ou bilan, conclusion et vérification) constituent les fondements d'un processus scientifique. Le modèle de description et le modèle de prise de décision fournissent "des outils et des règles" supplémentaires qui peuvent être utilisés à chacune de ces étapes. Le modèle de description prévaut lors des phases d'information et de comparaison, mais des décisions sont prises tout au long du processus.

6.1.10 Le présent rapport énonce les principes, règles et consignes à respecter pour la détection, la validation et la comparaison des détails papillaires.

Il décrit et explique dans un premier temps le modèle de description, ainsi que les règles à respecter pour prendre des décisions à ce stade. Il présente ensuite le modèle de prise de décision utilisé à toutes les étapes du processus.

 

7. Modèle de description
 

Dans une empreinte digitale, les informations sont disséminées sur trois niveaux. Dans le premier rapport, ces niveaux étaient explicités aux paragraphes 12.2 à 12.4 de l'approche holistique :

Premier niveau

  • Aspect général du dessin digital.
  • Cette donnée n'est cependant pas suffisante pour individualiser une empreinte.

    L'aspect général du dessin digital est probablement la première donnée dont le dactylotechnicien va se servir. Elle est cependant très rarement mentionnée parmi les motifs d'une identification (par exemple, il ne viendrait pas à l'idée de comparer un dessin en arc et un dessin en volute...). C'est seulement la première étape du processus d'identification.

    Deuxième niveau

  • Direction des crêtes.
  • Direction des tracés accidentels (par exemple cicatrices). Intercrêtes et plis de flexion.
  • Emplacement et type des points caractéristiques.

    Les identifications s'effectuent actuellement d'après le nombre et la disposition des points caractéristiques des crêtes papillaires (en tenant compte notamment de ce que l'on observe entre ces points). On utilise aussi parfois les points caractéristiques des intercrêtes. Le seul fait que des intercrêtes soient visibles dans deux empreintes est un élément qui peut être exploité lors du processus d'identification. En ce qui concerne les cicatrices et les plis de flexion, certains dactylotechniciens diront qu'ils n'en tiennent jamais compte, mais la plupart reconnaîtront que ces éléments sont utilisés lors de la recherche et au cours des premières étapes du processus d'identification. Tous ces éléments font partie du processus d'identification. Tous les dactylotechniciens utilisent le nombre de points caractéristiques et leurs concordances pour expliquer et justifier une identification. Cependant, il n'est pas fait mention du fait que certaines crêtes ne présentent pas de points caractéristiques. Ceci est une autre particularité possible du dessin digital. (Il convient également de préciser qu'aux Etats-Unis, les dactylotechniciens utilisent le point).

    Troisième niveau

  • Ce troisième niveau d'examen porte sur les petits détails des crêtes papillaires (crétoscopie).
  • Il prend en compte l'épaisseur des crêtes et la disposition des pores les uns par rapport aux autres (poroscopie).
  • Il s'effectue toujours sur les bases définies lors de l'examen de deuxième niveau.

    Ce troisième niveau recouvre les aspects complémentaires que l'on demande aux dactylotechniciens de considérer. Comme on l'a mentionné ci-dessus, ce niveau d'examen doit prendre pour base les données recueillies lors de l'examen de deuxième niveau. Il étaie le diagnostic d'identification ou de non-identification."

7.1.2 L'examen de premier niveau apporte peu d'informations pour l'identification. Etant donné que le nombre de dessins digitaux est limité et que de nombreuses personnes peuvent avoir le même classement décadactylaire, la direction des crêtes ne peut permettre d'identifier l'auteur d'une empreinte. Dans le cas de jumeaux monozygotes, le classement décadactylaire peut être très proche, voire trompeur. Par ailleurs, comme il n'est pas productif de comparer des empreintes ayant des dessins différents, on ne compare dans un premier temps que les dessins similaires ; or, dans le cas d'empreintes déformées/troubles, le dessin pourrait être le même. Le classement est toutefois très utile pour effectuer une sélection grossière des empreintes en vue de la comparaison.

7.1.3 Empreintes écartées lors de l'examen de premier niveau. Selon leur classement, et dans le cas où il diffère de l'empreinte de référence, des empreintes peuvent être définitivement écartées, alors qu'elles sont de mauvaise qualité. Ainsi, si les empreintes à comparer sont celles de trois doigts d'une main comportant un dessin en volute, les empreintes représentant un dessin en boucle pourront être écartées, même si la qualité de chaque empreinte est insuffisante et ne permet pas une comparaison approfondie.

Dans le présent rapport, le premier niveau de détail n'est abordé que dans la mesure où il influe sur le deuxième niveau. L'accent est mis sur les examens de deuxième et de troisième niveau.

7.2 Définition d'un point dactyloscopique

7.2.1 Le premier rapport donne aux paragraphes 10.6 et 10.7 les définitions suivantes :

"Les caractéristiques d'une empreinte sont ses points caractéristiques et les autres structures des crêtes papillaires. Le point caractéristique est un "événement" qui s'inscrit dans la direction du tracé des crêtes papillaires. L'événement est un changement naturel/biologique qui vient interrompre le parallélisme normal des crêtes papillaires (par exemple, point de départ ou d'arrêt d'une crête).

La valeur d'un événement est fonction de sa fréquence, compte tenu de sa direction, de ses relations avec les autres points et de sa position dans le dessin digital. La qualité d'un événement se mesure à sa netteté et à la présence de détails papillaires."

7.2.2 Les caractéristiques et les points caractéristiques sont des termes généraux utilisés pour désigner toutes sortes de détails des empreintes digitales, voire la structure formée par ces points. Afin d'éviter la confusion, le terme " point dactyloscopique " est introduit. Il s'agit d'un point qui est désigné lors de l'analyse comme étant important et démontrable, et sa définition est donc affinée comme suit :

Un point dactyloscopique est un événement notoire qui s'inscrit dans la direction du tracé des crêtes papillaires soumis à l'analyse. L'événement est un changement naturel/biologique qui vient interrompre le parallélisme normal des crêtes papillaires (par exemple, point de départ ou d'arrêt d'une crête), et qui est important.

7.3 Valeur des points

Les points dactyloscopiques sont donc des événements qui s'inscrivent dans un tracé régulier de crêtes papillaires. Leur valeur est déterminée par deux types de critères :

  1. les propriétés de l'emplacement ;
  2. la qualité.

Les propriétés de l'emplacement sont : le lieu de l'événement, sa relation avec d'autres événements ainsi que le tracé, la direction et le type de chaque crête (terminaison de crête ou bifurcation). La qualité se définit par la netteté et la lisibilité du détail des crêtes.

7.4 "Propriétés de l'emplacement"

7.4.1 Les points dactyloscopiques sont intéressants s'ils sont en relation avec d'autres points sur l'empreinte et si leur emplacement est défini. Les relations avec d'autres points sont déterminées en comptant les crêtes orientées dans des directions précises. L'existence de deux relations vérifiables est un minimum pour établir la présence d'un point dans un espace bidimensionnel. Il est cependant conseillé de relier entre eux tous les points dactyloscopiques de l'empreinte examinée. C'est en effet la constellation ou la structure des points qui définit l'unicité d'une empreinte.

7.4.2 Un événement est plus ou moins aléatoire ; étant rare, il acquiert donc de l'importance. Mais cette rareté est variable, car certains types de points se retrouvent plus fréquemment à certains emplacements.

La valeur des points est plus ou moins élevée. Leur disposition aléatoire détermine leur rareté, qui détermine à son tour la valeur des propriétés de l'emplacement.

7.5 Compensation

La figure 1 représente un échantillon d'empreinte palmaire. Il n'y a pas d'explication évidente à la présence du point A, qui acquiert donc une très grande valeur (relative). Les points B et C forment un dessin, et la présence du point B semble avoir induit le point C ou tout au moins favorisé son existence. La perturbation du parallélisme des lignes par un événement est compensée par un autre événement, qui rétablit en quelque sorte l'équilibre. Ce phénomène est appelé "compensation".

Figure 1
 


Point A : événement aléatoire, ce qui lui confère une grande valeur en raison de sa rareté.

Point B : même type d'événement. L'événement C compense la perturbation amenée par le point B et est donc jugé moins aléatoire.


7.6 Influence du dessin

7.6.1 L'existence d'un dessin détermine souvent le point de démarrage ou de terminaison des lignes. Cela ôte en quelque sorte le caractère aléatoire des événements et confère à certains d'entre eux une grande prédictibilité. On parle alors d'influence du dessin.

Voici ce qu'indique le premier rapport au paragraphe 10.13 :

"L'emplacement et la direction de points caractéristiques tenant à un type de dessin digital doivent être considérés comme de peu de valeur, l'événement étant dans ce cas plus dépendant des événements qui l'entourent qu'aléatoire.

Ceci peut être observé dans de nombreux dessins digitaux courants. Ainsi, au centre d'un dessin digital en spirale, toutes les crêtes vont dans la même direction (par exemple dans le sens des aiguilles d'une montre), et puisqu'il n'y a plus de place pour qu'elles se poursuivent au centre, le type d'événement (terminaison de crête), sa direction (fin aux alentours du centre de figure) et son emplacement (centre du dessin digital) tiennent bien peu du hasard. Au contraire, la direction et l'emplacement d'une terminaison de crête observée dans une zone sans dessin très précis sera considérée comme ayant une valeur supérieure."

7.6.2 En règle générale, les différences de valeur dues aux propriétés de l'emplacement s'équilibrent au niveau du dessin général formé par l'ensemble des points, à condition qu'un nombre suffisant d'entre eux soit relevé. Il n'en est pas de même si tous les points caractéristiques sont très dépendants du motif (influence du dessin). Voir les exemples ci-après.

7.6.3 Dans une zone où le dessin est incliné vers le bas, un certain nombre de lignes prennent fin plus ou moins dans la même direction, car le dessin ne leur permet pas d'aller plus loin (figure 2). L'emplacement et la direction des points sont moins aléatoires et ont donc moins de valeur.

Figure 2
 


Influence du dessin sur un tracé incliné vers le bas :
L'emplacement et la direction des points sont semblables et induits par le dessin.
Type des points : pour la plupart, terminaison de crête plutôt que bifurcation. Les relations entre les points ont peu de valeur.

Les terminaisons de crêtes orientées vers le haut et partant dans la direction opposée ont beaucoup de valeur.


7.6.4
Dans les tracés en forme de boucle centrale (figure 3), l'influence du dessin est forte, en particulier au centre. Le type et l'emplacement des points caractéristiques peuvent être très similaires et sont très influencés par le dessin.

Figure 3
 

Influence du dessin au cœur d'un tracé en forme de boucle centrale :
Classement mis en évidence lors de l'examen de deuxième niveau.
Risque de trouver des faux semblables lors de la comparaison de cette empreinte avec d'autres.


7.6.5 Dans ce dessin, ce n'est pas seulement chacun des points pris en particulier mais aussi la structure générale des points autour du centre qui pourront paraître semblables à d'autres. Les risques de trouver un faux semblable sont relativement élevés car ce dessin présente une courbe spécifique sur une petite surface, qui prévaut sur le type et l'emplacement des événements. Le premier rapport donnait au paragraphe 10.10 la définition suivante du faux semblable :

"Les "faux semblables" sont des empreintes digitales d'auteurs différents dont le degré de similitude est tel qu'il existe un risque d'identification erroné."

7.6.6 Dans les dessins en spirale complexes (figure 4), on sait que toutes les crêtes ont tendance à converger et se terminer au centre. L'emplacement est difficile à définir par rapport à toutes les terminaisons de crêtes voisines.

Figure 4
 


Dessin en spirale :

Mise en évidence du dessin lors de l'examen de deuxième niveau. Similitude de la direction et de l'emplacement des points.
Relations difficiles à définir et moins rares.


7.6.7 Les recherches manuelles et la vérification des recherches réalisées à l'aide du système informatique de reconnaissance des empreintes digitales ont montré qu'il était plus long, à cause de cet effet, d'écarter des auteurs d'empreintes.

Dans des cas comme celui-ci, il est extrêmement important, lors de l'étape de comparaison, de vérifier très soigneusement tous les emplacements des points et leurs relations. Les tolérances doivent être minces. Par ailleurs, l'examen de troisième niveau doit être effectué attentivement : il risque d'être décisif pour trouver des points de concordance et pour parvenir à une conclusion concernant l'identification. Ce sujet est abordé de façon plus détaillée à la section 8.

7.7 'Qualité'

7.7.1 Dans la pratique, la qualité générale d'une empreinte dépend de l'absence de déformations, de superpositions d'empreintes et de " bruits " de fond, ainsi que de la netteté et du contraste des crêtes. L'examen de deuxième niveau peut révéler une bonne qualité, sans mettre en évidence les (bons) détails du troisième niveau. Cela arrive par exemple avec les empreintes prélevées en direct avec des appareils de scannérisation, les empreintes humides, les détails relevés sur l'épiderme ou sur l'hypoderme, les photocopies de fiches dactyloscopiques, etc.

7.7.2 La qualité du troisième niveau dépend de la précision avec laquelle le détail des crêtes est reproduit sur l'empreinte. Les crêtes étant tridimensionnelles et les empreintes seulement bidimensionnelles, il est difficile de vérifier cet aspect. Une empreinte idéale réalisée à l'encre est donc utilisée comme référence. Une trace de bonne qualité en est très proche, et c'est le cas par exemple lorsque les traces latentes sont relevées à l'aide du procédé de métallisation sous vide. Le degré de visibilité des détails de troisième niveau est un critère de qualité très important.

7.7.3 Le troisième niveau d'examen porte sur toutes les caractéristiques de base des crêtes : taille et forme des pores, et caractère crétoscopique. Il est directement lié à la qualité de l'empreinte, car seule une empreinte de qualité permet de voir des détails de troisième niveau. Le fait qu'il y en ait peut jouer un grand rôle dans la lecture de chaque point et de l'ensemble de l'empreinte, mais cela dépend beaucoup de la netteté. La qualité des détails de troisième niveau varie non seulement d'une empreinte à l'autre, mais aussi sur une seule et même empreinte, car des pores peuvent être visibles sur une seule petite partie. Ce type de qualité est donc déterminée par chaque point. L'emplacement des détails de troisième niveau est fonction des détails perçus lors de l'examen de deuxième niveau.

7.7.4 Une bonne qualité générale ne garantit pas que l'on trouvera des détails (précis) de troisième niveau, mais la présence de détails de troisième niveau signifie que l'empreinte est (en partie) de bonne qualité. Par conséquent, la qualité et les détails de troisième niveau sont quasiment synonymes dans le présent rapport.

7.7.5 La qualité peut varier d'un point dactyloscopique à un autre. Si un point est net et que l'on peut voir les crêtes avec précision, sa valeur est largement supérieure aux points n'ayant pas ces caractéristiques.

7.7.6 En résumé, la valeur d'un point dépend de sa rareté et de sa qualité.

7.8 Propriétés des points dactyloscopiques

7.8.1 La détermination de la valeur d'un point en fonction de sa rareté repose principalement sur l'expérience et les connaissances du dactylotechnicien.

7.8.2 Lors du marquage des points, il est capital d'établir leur existence, leurs relations et leur importance.

Les détails de troisième niveau peuvent influer grandement sur la valeur d'un point. Lorsqu'il y en a, cela peut accroître la valeur d'un point et lui donner de l'importance, même si l'emplacement est, de par ses propriétés, considéré comme de peu de valeur. A titre d'exemple, une terminaison de crête au centre d'une boucle est de très faible valeur car l'événement, son emplacement et sa direction sont prévisibles et quasiment inévitables, et ne sont donc pas rares (figure 5).

Figure 5
 


Lorsque l'on est en présence d'une boucle centrale avec une ligne intérieure, le type et l'emplacement de " l'événement " sont tout trouvés : une terminaison de crête orientée vers le haut et le centre (A). Les relations bidimensionnelles entre les deux terminaisons de crêtes orientées vers le haut et le centre sont évidentes, et l'événement de la terminaison de crête centrale n'a pas beaucoup de valeur.

Si la terminaison de crête centrale s'arrêtait au point B, l'événement aurait de l'importance car il est rare.

L'examen de troisième niveau pourrait cependant conférer à cet événement de l'importance si l'on décelait lors de la comparaison des similitudes avec une autre empreinte.

7.8.3 La définition d'un point se limite aux caractéristiques élémentaires. Elle ne fait pas la différence entre les bifurcations et les terminaisons de crêtes. En fait, cette différence est établie principalement par la qualité et les détails de troisième niveau (voir également le paragraphe 7.9).

Sous l'effet de l'humidité, de la pression, voire de l'excès (ou de l'insuffisance) d'encre, une terminaison de crête peut ressembler à une bifurcation et inversement. Ces différences restent dans les limites normales de la tolérance et ne présentent pas un intérêt fondamental ; autrement dit, elles ne permettent pas d'écarter d'éventuels auteurs d'empreintes comme c'est le cas pour tous les détails du deuxième niveau (figure 6).

Figure 6
 


Sous l'effet de l'humidité, de la pression, voire de l'excès (ou de l'insuffisance) d'encre, le détail de la crête A pourrait ressembler à B et C (lignes noires continues).

Sur C, deux événements sont visibles (bifurcations se rejoignant à une intersection).

Les différences d'aspect entre A et C peuvent avoir des explications, mais seules les vraies similitudes comptent.

La présence de crêtes latérales (lignes grises discontinues) aidera à déterminer de quel type de point il s'agit.


7.8.4 Si toutefois l'on remarque des détails de troisième niveau sur les deux empreintes comparées, les différences existant à ce niveau-là ne devront pas être prises à la légère, mais considérées comme des indications que les empreintes peuvent provenir d'auteurs distincts.

7.8.5 Comme cela était spécifié au paragraphe 10.7 du premier rapport, les événements/points qui se chevauchent comptent pour un seul :

"Deux éléments ou plus qui se chevauchent comptent pour un seul point/événement (exemple : deux ou trois crêtes arrivant de directions différentes qui se rejoignent au point deltaïque)."

Une règle élémentaire est que les points qui se chevauchent comptent pour un seul. Dans le cas du point deltaïque, par exemple, les deux ou trois lignes qui convergent au même endroit ne sont considérées que comme un seul point.

Figure 7
 


Le point deltaïque correspond à la convergence de trois terminaisons de crêtes au centre du delta.
Les points qui se chevauchent comptent pour un seul.

Parce que l'emplacement et la direction sont influencés par le dessin, les terminaisons de crêtes qui se rejoignent au point deltaïque ont très peu de valeur en termes d'emplacement. Il n'existe pas de relations prédominantes dans la structure du delta.


Le principe qui régit cette règle est que l'importance des points est déterminée principalement par leurs relations avec les points voisins. Lorsque les points se chevauchent, ces relations sont pratiquement inexistantes, unidimensionnelles et non significatives.

7.9 Evénements et structures de points

7.9.1 On trouve pour les points caractéristiques toutes sortes d'appellations qui sont manifestement des variantes du terme courant. Le groupe de travail a décidé que trois points caractéristiques de base pouvaient être mis en évidence sur une empreinte encrée : la terminaison de crête, la bifurcation et le point. Tous les autres points caractéristiques sont en fait des structures composées à partir de deux points de base ou plus, parfois combinés avec un changement notoire dans la direction d'une crête.

7.9.2 Le fait même qu'un point dactyloscopique se définisse comme un événement empêche toute discussion sur les types de points caractéristiques. Certains détails du deuxième niveau (comme la direction d'une crête), mais surtout la qualité et les détails du troisième niveau, permettent par exemple de faire la différence entre les bifurcations et les terminaisons de crêtes. Ce type de détail n'étant pas toujours visible, et les traces ayant pu être déformées sous l'effet de la pression ou de l'humidité, la différence entre une bifurcation et une terminaison de crête peut être difficile à établir. L'examen de deuxième niveau d'une trace permet toutefois d'établir la présence d'un événement tel qu'il est défini.

7.9.3 Exemple (voir figure 12). Prenons l'exemple d'une courte crête à deux extrémités (examen de deuxième niveau). Si elle rejoint par ses deux extrémités une crête voisine semblable et légèrement incurvée (examen de troisième niveau), la structure ainsi formée pourra être appelée îlot ou anneau (selon ce dont il s'agit).

La jonction des deux extrémités n'est pas toujours évidente sur les traces relevées sur les scènes de crime, et dépend du degré de netteté et de détail de l'examen de troisième niveau. L'importance tient au fait que l'on est en présence de deux événements de base entre lesquels il existe une relation.

7.9.4 Il semblerait que les structures rares composées de points rapprochés soient repérées beaucoup plus facilement que celles composées de points espacés. Les anneaux, îlots et points attirent l'attention et sont des structures rares auxquelles on est donc enclin à attribuer une valeur élevée. Il faut cependant être vigilant, et ce pour plusieurs raisons :

  • On risque d'ignorer des points espacés qui sont moins visibles mais qui ont peut-être une valeur supérieure.
  • Les petites structures comptent déjà pour deux événements.
  • Les structures composées de points rapprochés se trouvent souvent dans des zones spécifiques (les anneaux se situent à l'épaule des boucles, voir figure 8).
  • La relation entre deux événements n'est pas très spécifique, autrement dit presque unidimensionnelle (pas de direction particulière et pas d'autre crête).
  • Ces structures semblent se retrouver davantage chez certaines personnes que chez d'autres, et l'on serait tenté de n'effectuer la comparaison qu'avec ces personnes.
Figure 8
 


Anneau : Souvent trouvé dans la même zone, à savoir près de l'épaule de la boucle centrale.

7.10 Inversion géométrique

Si la présence d'un anneau peut être considérée comme rare, celle de deux anneaux devrait théoriquement accroître la valeur d'une empreinte. On observe qu'une inversion géométrique se produit autour du centre des empreintes. Cela signifie que des structures fermées telles que des anneaux, ou des courtes crêtes sont présentes des deux côtés du centre, avec lequel elles ont une relation similaire, comme si elles se réfléchissaient (voir figures 9 et 10). Cela implique donc que la présence de la première structure est plus rare que celle de la seconde.

Etant donné que deux anneaux comptent déjà pour 4 événements, il faut être attentif à ne pas accorder en sus une valeur supplémentaire aux structures.

Figure 9
 


Exemple de structures en inversion géométrique autour du centre d'une boucle.


Figure 10
 


Autre exemple frappant d'inversion géométrique.

L'inversion géométrique se retrouve également avec les intercrêtes, à un minuscule degré de détail (voir figure 11).

Figure 11
 


Inversion géométrique des intercrêtes.

7.11 Point ou crête, anneau ou îlot ?

7.11.1 Si l'on applique la définition de base et la "règle du chevauchement", la différenciation entre un point et une crête devient plus facile. Lorsque l'on est en présence d'un segment plus long que la largeur des crêtes adjacentes, il est généralement convenu qu'il s'agit d'une véritable crête avec un début et une fin (la mesure dépend de l'empreinte dont on dispose). Si le segment est plus court, les points se chevauchent et comptent pour un seul, et l'on considère qu'il s'agit d'un point. Voir figure 12.

Figure 12
 


Point ou crête ? Voir A et B.

Supposons que l'on effectue une mesure organique. Si une crête est plus longue que la largeur des crêtes voisines, il s'agit d'une véritable crête, car les points ne se chevauchent pas. Si elle est plus courte, les points se chevauchent et l'on est en présence d'un seul événement.

La présence d'un détail de troisième niveau (par exemple, un ou plusieurs pores) peut également aider à la différenciation.

C est un autre type de courte crête. L'examen de troisième niveau détermine si la structure est un anneau ou un îlot.


7.11.2 L'examen de troisième niveau doit permettre de déterminer de façon décisive s'il s'agit d'un véritable événement ou simplement de "bruits". La présence d'un pore et le fait que les crêtes voisines soient courbées, laissant ainsi de l'espace au point, peuvent être la preuve de l'existence d'un événement.

7.12 Intercrêtes

Les intercrêtes peuvent ne pas se voir sur les empreintes de sujets jeunes et apparaître avec l'âge. Elles peuvent être visibles à un moment donné et ne plus l'être par la suite. Leur présence, leur aspect et leur permanence ne sont donc pas garantis. Leur présence ou leur absence ne modifie pas le parallélisme des lignes (en d'autres termes, une intercrête ne change pas le nombre de crêtes entre des points). Avec l'approche empirique, les intercrêtes ne sont pas, lors de la comparaison, considérées comme des différences, mais pas non plus, par conséquent, comme l'origine de points dactyloscopiques.

La règle est donc la suivante : si l'absence d'informations ne permet pas de conclure à des différences fondamentales, la présence d'intercrêtes ne permet pas non plus d'établir une similitude.

En tant que détails supplémentaires du troisième niveau, les intercrêtes peuvent être très instructives et s'avérer d'une grande aide (si elles sont présentes et similaires).

7.13 Cicatrices et plis

Figure 13

7.13.1 Cicatrices - Les cicatrices sont des altérations de la structure originelle de la peau. La cicatrisation d'une plaie profonde qui a endommagé l'épiderme entraîne la formation d'un tissu cicatriciel. On reconnaît les cicatrices à la perturbation anormale de la direction des crêtes, dont la forme reproduit plus ou moins celle de la blessure d'origine. Les crêtes papillaires sont interrompues par la cicatrice et le tracé originel de chacune d'elles est affecté de façon non naturelle, comme l'atteste la jonction artificielle des lignes. Les crêtes prenant fin à proximité de la cicatrice présentent souvent des particularités : courbures, changement soudain de largeur et jonctions. De petits segments de crêtes isolés peuvent également apparaître.

Les cicatrices posent des problèmes pour l'analyse et la comparaison des empreintes. Les relations vitales entre les points caractéristiques sont perdues à cause de l'interruption des tracés due à la cicatrice. Bien que l'on puisse alléguer que les terminaisons de crêtes causées par une cicatrice sont aléatoires, on ne peut pas les considérer comme des points dactyloscopiques car ce ne sont pas des événements biologiques qui s'inscrivent dans le système normal des crêtes papillaires.

Les cicatrices deviennent permanentes après guérison totale de la plaie. Leur forme et leur emplacement peuvent être considérés comme aléatoires. L'examen de ce caractère aléatoire ne relève cependant pas de la compétence du dactylotechnicien et doit, à cet égard, être effectué avec prudence. La présence de cicatrices sur l'autre main peut également conférer de la valeur à une empreinte si leur emplacement et leur aspect sont similaires. Les consignes applicables aux "empreintes partagées" (voir section 10) peuvent également être utilisées pour les cicatrices. Il est important que les cicatrices soient permanentes et que les relations spatiales soient intactes.

L'identification s'effectue uniquement à l'aide d'une empreinte de référence présentant la même cicatrice. Des versions antérieures de l'empreinte, sans la cicatrice, peuvent être utilisées pour les besoins de la comparaison, mais pour parvenir à une conclusion sur l'identité de l'auteur de l'empreinte, de nouvelles empreintes doivent être relevées afin de vérifier la présence, l'emplacement et la similitude de la cicatrice.

7.13.2 Plis - Il existe deux types de plis. Les premiers, les plis de flexion, se trouvent entre les parties mobiles de la main (et du pied). Ils sont profondément ancrés dans la peau et s'inscrivent en général tout naturellement dans la direction du tracé des crêtes. Les plis de flexion sont permanents et peuvent prendre des formes particulières, comme par exemple les "pattes-d'oie". Les plis posent les mêmes problèmes de comparaison et d'identification que les cicatrices. La différence est que, dans le cas des plis, l'aspect résulte d'un processus biologique. Une autre difficulté est qu'il arrive souvent que la forme ne soit pas reproduite sur l'empreinte, ce qui se traduit par une interruption du dessin.

Quant à l'autre type de pli, il s'agit simplement des "replis cutanés", dont la présence s'accroît à mesure que la peau vieillit. Sur le parcours du pli, les crêtes papillaires sont plus basses, ce qui a pour effet qu'elles n'apparaissent pas sur l'empreinte, laissant une ligne blanche sans informations. On les appelle donc également les "lignes blanches", reconnaissables à leur forme et leur emplacement. Il n'y a pas de relation entre la direction des crêtes et celle du pli. Les plis sont pour la plupart étroits. Les lignes blanches ne changent généralement pas au fil du temps, mais elles ne sont pas permanentes. De la même façon qu'ils apparaissent, ces plis peuvent aussi disparaître (sous l'effet de la succion digitale ou suite à l'utilisation de produits chimiques ou à une maladie).

Ces plis peuvent gêner considérablement la comparaison car ils bouleversent les relations entre les points caractéristiques. Ils peuvent également être traités suivant les mêmes consignes que celles fournies à la section 10 pour les empreintes partagées. Il est conseillé, pour définir les relations, d'essayer de traverser le pli au moins d'un côté et de vérifier de cette façon l'emplacement des relations en s'aidant du nombre de crêtes. On pourra ensuite vérifier les relations spatiales.

7.14 Suivi de tracé

7.14.1 La présence d'un événement est parfois difficile à déterminer à cause des déformations ou des zones floues que présente l'empreinte. On soupçonne l'existence d'une terminaison de crête, mais son emplacement exact n'est pas très apparent. Le suivi du tracé permet de mettre en évidence sa présence au cours de la phase d'analyse. Cette opération consiste à suivre les lignes adjacentes qui sont parallèles à ce que l'on pense être une terminaison de crête. Si le nombre de crêtes entre les deux lignes tracées diminue en cours de route, cela prouve qu'une ligne intermédiaire s'est arrêtée.

On sait alors que l'on est en présence d'un événement dont on connaît la direction (terminaison à gauche) et les deux lignes entre lesquelles il se situe. L'emplacement exact et le type d'événement ne sont en revanche pas connus, et le troisième niveau de détail n'est pas visible et/ou est absent.

7.14.2 Le caractère démontrable et l'importance du point dépend de l'empreinte dont on dispose. Le suivi du tracé peut être utilisé lors de la phase de comparaison pour prouver la différence (ou la similitude) entre deux empreintes. En général, le suivi du tracé ne permet pas de mettre en évidence de véritables points dactyloscopiques.

Figure 14
 


Le suivi du tracé des lignes A et B vers la gauche révèle que le nombre de crêtes passe de 1 à 0. Cela signifie qu'il y a une terminaison de crête dans la zone floue.

En revanche, le suivi du tracé des lignes B et C vers la droite ne prouve pas la présence d'une terminaison de crête. Des points caractéristiques pourraient cependant se trouver dans la zone floue.

 

 

8. Modèle de prise de décision
 

8.1.1 La présentation du modèle de description mentionnait déjà de nombreuses règles de prise de décision. Cela montre que l'évaluation des points effectuée selon le modèle de description et la prise de décisions y afférentes sont étroitement liées. L'analyse d'une trace latente consiste en une série d'estimations et de petites décisions, comme par exemple :

  • Quelle est la qualité de l'empreinte ?
  • La trace est-elle déformée, et comment cela peut-il être démontré ?
  • S'agit-il d'un point démontrable ?
  • Est-ce un point important (prendre en compte les aspects quantitatifs et qualitatifs tels que propriétés de l'emplacement, relations et troisième niveau de détail) ?
  • Les points se chevauchent-ils ?
  • Le point est-il rare ?
  • Quel est le degré d'importance de l'ensemble des points ?
  • etc.

8.1.2 Cette section est consacrée à la prise de décisions lors des phases de comparaison et d'évaluation. Les éléments trouvés sur la trace et les conclusions qui en sont tirées sont comparés avec l'empreinte de référence. Il existe deux niveaux d'analyse et de comparaison des empreintes (deuxième et troisième niveaux).

Au deuxième niveau, les éléments importants sont les aspects quantitatifs, dont les propriétés de base sont immuables, même dans des conditions défavorables. Au troisième niveau, les détails ne sont pas toujours visibles et sont souvent déformés, d'où l'importance de la qualité de l'empreinte.

8.1.3 Les aspects quantitatifs sont la taille de l'empreinte, le nombre de points dactyloscopiques et les propriétés de l'emplacement de ces points (direction, relations avec les autres points et variations). Les aspects qualitatifs sont la netteté de l'empreinte et le degré de visibilité des détails de troisième niveau. Lors de l'établissement des similitudes, des tolérances sont appliquées.

8.2 Comparaison et évaluation

8.2.1 La phase de comparaison suppose une autre série d'observations et de décisions concernant la similitude ou la différence entre les empreintes, l'application de tolérances et, pour finir, la question de savoir si le volume d'informations est suffisant pour l'identification.

8.2.2 En règle générale, les propriétés de l'emplacement des points (examen de deuxième niveau) DOIVENT être les mêmes sur les empreintes comparées. La présence d'un seul point dactyloscopique différent (voir section 8.5) empêche toute conclusion sur l'identification. Ce principe permet d'éliminer des candidats provenant du système informatique de reconnaissance des empreintes digitales ainsi que des témoins présents sur le lieu du crime ou d'éventuels suspects. Si des points sont présents à un emplacement précis (près du centre ou d'un delta), ils peuvent permettre de filtrer rapidement les empreintes disponibles. Même si la valeur d'une trace latente est jugée insuffisante pour identifier l'auteur de l'empreinte, l'existence de quelques points différents seulement avec d'autres empreintes peut permettre d'écarter ces dernières.

8.2.3 Les détails de troisième niveau PEUVENT être identiques, auquel cas cela peut conférer de la valeur et de l'importance à chacun des points et à leur ensemble. Toutefois, si ces détails divergent ou sont absents, cela ne fait pas obstacle au processus d'identification car l'on ne peut pas espérer reproduire les mêmes détails sur la trace latente et sur l'empreinte encrée en raison de leur petitesse, de leur caractère tridimensionnel (sur la source) et des conditions bien souvent difficiles dans lesquelles est effectuée l'empreinte encrée.

8.2.4 En ce qui concerne les détails de deuxième niveau, il est important de les comparer un par un et de déterminer quels sont les points similaires. Après quoi, on peut comparer et vérifier les relations entre les points, puis passer à l'examen de troisième niveau. Il convient en premier lieu de définir ce qu'est un point de concordance entre les empreintes comparées.

8.3 Définition du point de concordance

8.3.1 Le point de concordance est défini comme suit au paragraphe 10.9 du premier rapport :

"Dans deux empreintes comparées, un point de concordance est un élément dont l'emplacement et l'aspect présentent une similitude que le dactylotechnicien juge suffisante compte tenu des tolérances en vigueur."

Cette définition est légèrement adaptée pour le point dactyloscopique de concordance :

Dans deux empreintes comparées, un point dactyloscopique de concordance est un point dactyloscopique dont l'emplacement et l'aspect présentent une similitude que le dactylotechnicien juge suffisante compte tenu des tolérances en vigueur.

8.3.2 Lorsque la validité des points est acquise (c'est-à-dire lorsque les points sont démontrables et importants), cela implique que leur emplacement est lié à celui de tous les autres points. C'est un aspect très important de l'analyse et de la comparaison des empreintes car la structure des relations détermine l'unicité. Les relations sont définies en suivant les lignes, en comptant les crêtes et en déterminant la position des points par rapport à leurs voisins grâce à la mesure de la direction, des angles, de la hauteur et de la longueur.

8.3.3 Lors de la phase de comparaison, toutes ces relations sont méticuleusement vérifiées et comparées. Les relations doivent être les mêmes sur les empreintes provenant du même auteur, et le nombre de crêtes entre les points doit être identique. Sous l'effet de la pression et de l'étirement de la peau, la constellation des points peut s'étendre en longueur ou se resserrer à la manière d'une toile d'araignée, mais l'emplacement relatif des points et le nombre de crêtes ne changent pas.

Voici ce que l'on peut lire au paragraphe 9.6 du premier rapport :

"Pour chaque élément doivent être recherchées les similarités d'emplacement et de relations avec les éléments situés aux emplacements correspondants de l'empreinte de référence. Les différences doivent être repérées, vérifiées et notées. Toute explication des différences observées devrait autant que possible être reliée aux observations faites lors de l'étape d'information. Tous les éléments sont liés. Les parties déformées ou endommagées présentant des différences par rapport à l'empreinte de référence peuvent ne pas être prises en compte si elles sont logiques et explicables."

8.4 Marquage des points de concordance

Prenons l'exemple de la figure 15. A gauche, la trace (A), et à droite l'empreinte de référence (B). Les points 1 et 2 doivent-ils être considérés comme des points dactyloscopiques ? Sur la trace, il n'est pas certain que le point 1 soit une terminaison de crête orientée à gauche. Lors de l'étape d'information, on aura remarqué que d'autres lignes s'arrêtent avant le contour de l'empreinte. Il n'est pas sûr non plus que le point 2 corresponde au départ d'une crête. Cela pourrait également être dû aux " bruits " situés sur la gauche de l'empreinte. Le seul moyen de définir avec certitude ces points est de les comparer avec l'empreinte de référence en supposant que c'est l'empreinte d'origine et qu'elle provient de la même personne (voir également les paragraphes consacrés à la justesse du raisonnement). Le fait de s'appuyer sur ces considérations pour en déduire que ces points sont des points dactyloscopiques similaires est une erreur.

Figure 15
 


L'étape d'information ne permet pas d'établir avec certitude l'existence des points 1 et 2.

Le marquage de ces points par rapport à l'empreinte de référence est une erreur.

8.4.1 Si la trace ressemble à la figure 16, c'est différent. Lors de l'étape d'information, on pourra affirmer qu'il y a un départ de crête parce que les lignes voisines ménagent un espace suffisant, ce qui tend à prouver leur authenticité. Cela peut être démontré. Les terminaisons de crêtes aux points 1 et 2 sont démontrables car l'examen de troisième niveau montre que les crêtes prennent effectivement fin.

Figure 16
 


L'examen de troisième niveau (terminaison de crête épaisse et espace vierge devant) prouve l'existence du point 2.

L'examen de deuxième niveau (direction des crêtes) et de troisième niveau prouve l'existence des points 1 et 3.

 

Si ces points caractéristiques sont similaires sur l'empreinte de référence, ce sont des points de concordance ; dans le cas contraire, ce sont des différences.

8.5 Différences et points dactyloscopiques différents

8.5.1 Deux empreintes comparées ne seront jamais totalement identiques ; il y aura toujours des différences entre les empreintes d'une même personne. S'il existe un seul point dactyloscopique différent entre deux empreintes, l'identification est impossible. Comme cela est indiqué au paragraphe 10.5 du premier rapport :

"Pour identifier l'auteur d'une empreinte, il faut qu'il existe suffisamment de concordances entre l'empreinte examinée et l'empreinte de référence. Si l'une présente certaines caractéristiques absentes chez l'autre sans que l'on puisse fournir d'explication rationnelle de ce fait, le dactylotechnicien ne doit pas se prononcer sur l'identité de l'auteur."

8.5.2 Quelle est la distinction entre des différences et des points dactyloscopiques différents ?

Un point dactyloscopique différent s'observe lors de l'examen de deuxième niveau : son emplacement, sa direction ou sa (ses) relations divergent. Le principe de base utilisé pour l'identification est l'hypothèse selon laquelle les points dactyloscopiques conservent leurs propriétés même dans des conditions défavorables. Le dactylotechnicien doit faire preuve d'une grande prudence pour déroger à ce principe si l'empreinte examinée présente des différences par rapport à l'original supposé et que cela va à l'encontre de ses théories.

Il est possible d'expliquer des différences si elles proviennent de déformations, auquel cas il convient de suivre les consignes et règles suivantes :

  • On explique des différences parce qu'on le peut, pas parce qu'on le doit.
  • Le métier du dactylotechnicien n'est pas l'art d'expliquer les différences "non désirées".
  • L'explication d'une différence doit s'appuyer sur des faits et des circonstances pouvant être démontrés.
  • Les déformations ont été relevées lors de l'étape d'information.
  • L'empreinte de référence ne doit pas être prépondérante.
  • Le fait d'expliquer des différences ne les transforme pas en similitudes.
  • Après la "reconstruction" (voir paragraphe 8.6), la constellation de points doit être redéfinie et leurs relations revérifiées.

Voir également les citations aux paragraphes 8.3.3 et 8.10.

Si une différence de deuxième niveau ne peut être expliquée, elle doit être considérée comme étant un "point dactyloscopique différent". L'identification n'est alors pas possible.

8.6 Reconstruction

8.6.1 Le tracé des crêtes apparaissant sur une trace latente peut être altéré, provoquant la déformation du dessin. Cette altération peut être due à la pression, à une anomalie sur le support où la trace a été relevée, ou à la superposition d'une autre empreinte.

Figure 17
 


La reconstruction peut démontrer que les terminaisons de crêtes A et B appartiennent à l'empreinte superposée.

La reconstruction est admise :

  • en dehors de la zone identifiable ;
  • si elle peut faire l'objet d'une démonstration (et pas seulement reposer sur une supposition) ;
  • pour expliquer des différences, et non pour créer des similitudes.

Prenons l'exemple de la figure 17. Il est évident que l'empreinte de référence ne ressemblera pas à la trace latente, même s'il s'agit du même auteur. Les terminaisons de crêtes A et B pourraient appartenir aux deux dessins qui sont à l'origine des (éventuelles) différences. La reconstruction des deux dessins permet de supposer, voire de démontrer, que les différences sont dues à l'altération/la superposition. Ce travail de reconstruction s'applique principalement aux premier et deuxième niveaux de détail, ce qui signifie qu'il pourrait s'agit de différences fondamentales. La superposition des empreintes est examinée lors de l'étape d'information (ou d'analyse), avant la comparaison.

8.6.2 Il existe un type de reconstruction plus précis qui a déjà été évoqué antérieurement , qui s'applique au troisième niveau de détail. Supposons par exemple que l'on cherche à savoir si un événement donné est une véritable bifurcation ou une terminaison de crête. Il arrive parfois que cette terminaison de crête paraît être située à gauche sur la trace latente, et à droite sur l'empreinte de référence. Lors du décompte des crêtes, il convient de reconstituer légèrement leur emplacement, puis de vérifier les relations avec tous les autres points situés autour de l'emplacement supposé. Le choix entre le deuxième ou le troisième niveau de détail pour procéder à la reconstruction dépend de l'empreinte dont on dispose. Dans ce processus, l'empreinte de référence ne doit pas être prépondérante.

La citation reprise au paragraphe 8.5 pour illustrer la "justesse du raisonnement" est également applicable à la reconstruction.

8.6.3 De façon générale, les règles en vigueur et appliquées sont les suivantes :

  • La reconstruction est possible aux premier et deuxième niveaux de détail s'il existe une zone identifiable, et elle doit s'effectuer en dehors de cette zone.
  • L'altération du dessin a été relevée lors de l'étape d'information, elle ne résulte pas d'une supposition à un stade ultérieur et peut être démontrée (éviter que l'empreinte de référence ne soit prépondérante).
  • La reconstruction peut expliquer des différences, mais ne doit pas créer des similitudes (le fait d'expliquer des différences ne les transforme pas en similitudes).
  • La reconstruction peut s'effectuer au troisième niveau de détail sur un ensemble cohérent de points situé dans une zone identifiable si les différences peuvent être dues à une mauvaise qualité, à des " bruits " de fond et/ou à la pression.

8.7 Justesse du raisonnement

8.7.1 La justesse du raisonnement est un aspect important des sciences appliquées et de toute méthodologie. La logique, l'objectivité et l'intelligence de la réflexion sont les moyens de parvenir à des conclusions justes et certaines.

Quelques exemples et consignes étaient déjà fournis au paragraphe 10.11 du premier rapport :

"La règle est que la qualité des différences (qui peuvent par exemple s'expliquer par des déformations) ne doit pas être supérieure à celle des similitudes.

Lorsqu'une différence est justifiée par le fait que les informations sont de trop mauvaise qualité et donc non valables, des informations similaires du même niveau de qualité doivent également être considérées comme non valables.

Dans certains cas, la comparaison entre deux empreintes révèle des points caractéristiques dont l'aspect et même l'emplacement diffèrent. Si ces différences peuvent être attribuées à une déformation explicable, elles n'interdisent pas l'identification. L'empreinte peut alors être reconstituée virtuellement (de façon à corriger la déformation), pour permettre d'établir s'il ne subsiste pas de différences importantes (telles qu'un nombre différent de crêtes ou d'événements). Après ce processus, les points caractéristiques "corrigés" ne doivent cependant pas être considérés comme valables : les données étant apparues différentes au départ et une "reconstruction" ayant eu lieu sur la base d'hypothèses, ce serait en effet scientifiquement inexact. Ce raisonnement peut être résumé par la règle suivante : "les différences expliquées ne sont pas pour autant des similitudes".

Si une certaine zone d'empreinte doit être exclue en raison d'une déformation, il ne faut plus tenir compte d'aucune différence ou similitude dans la même zone."

Les paragraphes ci-après fournissent quelques exemples argumentés de la justesse du raisonnement.

8.8 Inversion de l'argument

Une bonne méthode pour raisonner juste est d'inverser l'argument, autrement dit "de jouer l'avocat du diable" ou, dans la pratique, de se demander si l'argument contraire ne serait pas possible.

  • Une similitude est décelée dans une zone floue, et l'on pourrait être tenté de la prendre en compte. Si une différence était mise en évidence dans la même zone, la considérerait-on aussi comme probante ?
  • Les convictions du dactylotechnicien quant à l'identité de l'auteur de l'empreinte seraient-elles les mêmes s'il savait que l'auteur présumé a un frère jumeau ?
  • Dans le cas d'une affaire importante pouvant avoir des conséquences graves pour l'accusé, il conviendrait d'appliquer des normes plus strictes (les dactylotechniciens devraient procéder comme si l'accusé encourait la peine de mort).

8.9 Raisonnement suivi

8.9.1 Le raisonnement suivi est un sophisme scientifique qui doit absolument être évité. Le raisonnement scientifique suit une procédure pas à pas, dans le but de parvenir à une conclusion objective, sans a priori. Dans le cas du raisonnement suivi, un préjugé conduit de façon plus ou moins apparente à la conclusion voulue et préétablie.

En d'autres termes, une hypothèse sert de base à une conclusion, et cette conclusion prouve le bien-fondé de l'hypothèse : il s'agit d'un sophisme scientifique.

Voir le paragraphe 10.12 du premier rapport :

"Le problème est qu'une identification prématurée de l'auteur amène à "transposer" des données de l'empreinte de référence dans le flou de la trace latente. Le raisonnement suivi devient alors celui-ci : "L'empreinte provient de Untel - Les empreintes sont uniques - Donc, toutes les données doivent être identiques et par conséquent, les différences sont toutes imaginaires".

Le raisonnement suivi est souvent difficile à déceler. En voici des exemples :

  • "Si j'ignore cette différence, la concordance est parfaite, donc la différence ne peut pas être vraie et doit être due à la déformation."
  • "Il n'y a pas de points dactyloscopiques différents entre les empreintes provenant de la même personne."

(Affirmation généralement vraie dans les faits et servant de base à la dactyloscopie, mais fallacieuse lorsqu'elle est utilisée à titre de preuve par la police scientifique.)

Figure 18
 


Raisonnement suivi appliqué lors de la comparaison :

Le type de structure formée par le point C est déterminé à partir des informations provenant de l'empreinte de référence, en partant du postulat que les deux empreintes sont identiques.

8.9.2 Prenons l'exemple de la structure formée par le point C sur la figure 18. Rien n'indique avec certitude qu'il s'agit d'une courte crête, d'un crochet ou d'un anneau car la trace latente n'est pas de qualité suffisante.

Si l'empreinte de référence présente un anneau et que l'on conclut que la structure apparaissant sur la trace latente est également un anneau, on transpose les informations lues sur l'empreinte de référence dans la trace latente. On part en effet du postulat que la trace et l'empreinte de référence sont identiques. Voilà donc un autre exemple plus subtil du raisonnement suivi.

8.10 Tolérances

Les considérations énoncées au paragraphe 10.12 du premier rapport se passent d'explications :

"Dans certains cas d'identification erronée, il s'est avéré que les dactylotechniciens avaient négligé les différences. Les évaluations de ces comparaisons contiennent souvent de nombreuses excuses visant à démontrer que l'empreinte n'était pas comme elle aurait dû être, ainsi que la compétence et l'expérience du dactylotechnicien".

"Une certaine différence d'aspect entre deux empreintes (ou certains détails de ces empreintes), pouvant être attribuée à la manière dont elles ont été apposées, peut être acceptée. Les tolérances doivent être appliquées de façon cohérente et honnête. Les dactylotechniciens doivent être conscients de ce paradoxe selon lequel on peut être enclin à accepter davantage de différences lorsque les empreintes sont de mauvaise qualité, sous prétexte de déformation, que lorsqu'elles sont de bonne qualité. La déformation perturbe non seulement la perception des similitudes, mais également celle des différences.

En cette matière, la règle doit donc être que "les tolérances ne doivent pas varier en fonction de la qualité des empreintes."

En d'autres termes, le paradoxe est celui-ci : "plus l'empreinte est de mauvaise qualité, et plus les tolérances sont grandes". Les identifications erronées sont souvent dues à cela : on part du postulat qu'il y a similitude car l'on est incapable de la vérifier.

8.11 Exemple de raisonnement

8.11.1 Afin de mettre en pratique les règles et consignes précédemment énoncées, prenons l'exemple de la figure 19. La ligne A est interrompue à quatre reprises et se termine en direction du haut. Que pourrait-on en déduire ?

Figure 19
 


Exemple de raisonnement dans la pratique : que peut-on déduire de ce qui est observé ?

Quelle est la valeur du tracé de la ligne A ?

Comparer avec l'événement B.

 
  • Chacune des interruptions est une déviation du parallélisme des lignes, créant en principe deux événements par interruption.
  • La structure ainsi formée est rare.
  • Bien qu'il y ait déviation du parallélisme des lignes, leur ensemble n'est que peu perturbé.
  • Les lignes voisines ne laissent pas deviner, ni ne confirment, les événements.
  • L'existence de ces événements est déterminée lors de l'examen de troisième niveau et non pas de deuxième niveau.
  • " Les interruptions apparaissant sur une trace (voire sur une empreinte encrée) peuvent être dues à des défauts d'encrage, à des erreurs de visualisation, à des "bruits" de fond ou à des détériorations survenues après l'encrage ; il n'est donc pas sûr qu'elles soient d'origine biologique.
  • Si l'empreinte de référence ne présente pas d'interruptions de lignes, considérera-t-on cela comme des différences ?
  • Les relations entre les points sont unidimensionnelles ; elles ne peuvent donc pas être exprimées (description de leurs propriétés les plus courantes et les plus importantes) par rapport au nombre de crêtes et à leur direction.

8.11.2 Comparons maintenant les différences avec l'événement B. Les lignes qui l'entourent s'infléchissent des deux côtés : l'examen de deuxième niveau confirme ici l'existence de l'événement.

La conclusion sera toujours différente selon le cas auquel on a affaire. Bien que le phénomène d'interruptions de lignes soit rare, de nombreuses considérations laissent à penser qu'il s'agit de points peu importants et de faible valeur.

8.12 Prise de décision concernant l'identification

8.12.1 Dans ce qui est décrit comme l'étape de conclusion, une décision doit être prise concernant l'identification de l'auteur d'une empreinte donnée. C'est la dernière phase avant la vérification, si le dactylotechnicien se prononce sur l'identité de l'auteur.

8.12.2 Il convient de garder à l'esprit que le métier du dactylotechnicien consiste à comparer des empreintes digitales. A l'issue de ce processus, l'identification peut être une conclusion aussi bonne que l'absence d'identification. Très souvent, l'identification est considérée comme un résultat positif, tandis que l'absence d'identification est jugée négative, tout au moins par nos " clients ". Un processus orienté vers l'identification est nécessairement subjectif et non scientifique par nature. La décision finale sur l'identité de l'auteur de l'empreinte doit par conséquent être prise de façon consciente, juste, objective et vérifiable.

8.12.3 Après l'étape de comparaison, le dactylotechnicien dresse le bilan de tous les éléments qu'il a trouvés : similitudes, différences éventuelles et explications possibles. L'existence d'un point dactyloscopique différent entre l'empreinte examinée et l'empreinte de référence empêche toute conclusion sur l'identité de l'auteur.

Voici ce que l'on peut lire aux paragraphes 10.4 et 10.5 du premier rapport :

"L'identification de l'auteur d'une empreinte peut être définie comme "la conclusion d'un dactylotechnicien selon laquelle l'empreinte examinée et l'empreinte de référence présentent suffisamment de points de concordance et aucune différence importante pour qu'il soit possible d'affirmer que l'auteur est le même, &agr